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Comment sortir du capitalisme

vendredi 3 avril 2009

Hervé KEMPF a présenté une partie du contenu de ses deux derniers livres « Comment les riches détruisent la planète  » et « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme » ( Edition du Seuil)
Tout au long de sa conférence, Hervé Kempf a décrit comment le capitalisme a « dérapé » depuis 1980. Puis il a donné quelques pistes pour sortir du capitalisme en s’appuyant sur une autre économie qu’il qualifie de « solidaire et sociale »… Pendant « les 30 glorieuses », dit-il, il y avait une assez bonne répartition des richesses (en occident ) .

Depuis 1980, on a connu une croissance économique importante. La productivité est toujours importante et une unité humaine produit 65 % de plus de travail qu’en 1970 . Certains en ont profité pour s’emparer des richesses produites. Des bulles financières se sont constituées (les capitaux occidentaux se sont déplacés vers les pays pétroliers) et on est entré dans une économie de l’endettement. Les revenus du capital ont augmenté beaucoup plus vite que les salaires, si bien qu’on a aujourd’hui des inégalités de revenus allant de 1 à 350 … On a assisté aussi à l’évasion fiscale vers les paradis fiscaux (5 fois le PIB de la France ) et à la corruption morale (indemnités aux dirigeants ).

Parallèlement à cela, l’information est devenue accessible à tous et, voyant que certains s’enrichissaient au point de posséder toutes sortes de biens et d’objets de luxe, une rivalité ostentatoire est née… Ainsi chacun a voulu imiter la classe sociale située juste au dessus de lui. Cela a entraîné une surconsommation de matières et d’énergie, donnant naissance à une crise écologique dont l’ampleur est sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

Au moment où les scientifiques affirment sans hésitation maintenant que le climat se réchauffe et que l’homme doit diminuer son impact sur l’environnement sous peine de se détruire, la productivité continue de s’accroît considérablement en aggravant le phénomène... Nous sommes arrivés dans une zone rouge (c’est la première fois que la régénération des écosystèmes est menacée) dans l’histoire de l’humanité. Selon les scientifiques (GIEC), nous en sommes arrivés à un point où, même en modifiant rapidement et de manière très importante nos comportements et notre consommation, la planète en pourra pas restituer le capital naturel détruit pour revenir à un équilibre écologique satisfaisant .
Heureusement la crise économique est venue ralentir cette croissance …

Du point de vue social, on a vu aussi en occident une dévalorisation des modèles de solidarité alors qu’au contraire l’individualisme a été exacerbé. Ainsi les mutuelles, les coopératives, les systèmes de protection sociale ( sécurité sociale ), de retraite (par répartition) se sont vu affaiblis.
Madame Thatcher a incarné ce nouveau capitalisme en affirmant clairement que la société n’existait pas mais que seul comptait l’enrichissement de l’individu…
En France, depuis 2007, arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence, on assiste aussi à ce genre d’accentuation de l’individualisme au détriment des valeurs de solidarité et de coopération.
Les services publiques sont mis à mal et le régime politique, de type Bonapartiste, devient de plus en plus répressif .
Par ailleurs, la mondialisation a aggravé la crise sociale .
On assiste de plus en plus à une marchandisation des humains par la prostitution, le travail d’ouvriers transformés en esclaves ( Espagne , Bengladesh… ), les trafics d’enfants et d’organes
On assiste aussi à une marchandisation des services : l’eau, l’éducation, la sécurité ( gestion privée des prisons, police privée ), à la privatisation de la police et maintenant la marchandisation de la pollution avec la taxe carbone …

Bref, dans ce nouveau capitalisme, tout s’achète et tout se vend au détriment de la qualité de vie … Alors qu’il faudrait privilégier la qualité des produits fabriqués et des services à la quantité …
Beaucoup de dirigeants et de responsables politiques, y compris dans les rangs syndicaux, mettent en avant une relance de la croissance et de la consommation pour sortir de la double crise économique et écologique qui secoue la planète en proposant une « croissance verte » .
La croissance verte est une illusion : c’est encore une façon pour certains lobbies de faire du profit à court terme alors que nous devons aller vers une baisse de la consommation (une décroissance) .

Pour sortir de ce capitalisme moderne, il n’y a pas de recettes miracles mais des pistes à creuser de toute urgence .

Il faut :

- sortir de l’individualisme et revenir à des valeurs et des pratiques de solidarité et de coopération pour aller vers une économie sociale et solidaire .

-  changer les règles de l’économie de marché pour y mettre des bornes qui tiennent compte de l’impact environnemental des produits fabriqués, qui respecte les droits du travail, qui excluent du système marchand la santé, la culture, l’environnement et peut-être d’autres secteurs vitaux pour chacun tels que les transports, le logement …

- choisir d’autres indicateurs économiques que le PIB. (le PIB aggrave la dégradation de la planète)

- réduire la consommation matérielle et énergétique des pays développés

-  opérer à une meilleure répartition des richesses en occident (richesse collective vers les plus défavorisés) mais surtout entre le Nord et le Sud.

-  redonner à l’agriculture une vraie place, (c’est un potentiel d’emplois nouveaux) .

- repenser le changement d’économie à l’échelle internationale.

-  s’appuyer sur des expériences et des modèles économiques plus sociaux existants déjà dans certaines entreprises, dans la vie associative (qui représente 12 % du PIB !), des modèles où chaque travailleur est acteur de ce changement.

Il y a urgence à développer ces solidarités. Ferons-nous assez vite cette révolution sans retourner à la barbarie des guerres, une grande spécialité de l’homme ?

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