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Etat des plans d’eau et rivières en Haute-Normandie

jeudi 17 mars 2011

Yvan MIRKOVIC, chargé de mission à la Fédération Départementale des Associations Pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique et Jérôme CHAÏB, directeur de l’Agence Régionale de l’Environnement de Haute Normandie ( AREHN) ont détaillé les différentes sources de pollutions des rivières tout en affirmant que l’état général de celles-ci était en légère amélioration.
Même si l’on retrouve des saumons en Seine, ceux-ci sont impropres à la consommation à cause des micropolluants et en particulier à cause des PCB issus des transformateurs électriques … Les anguilles sont particulièrement toxiques car elles concentrent toutes sortes de polluants.

On caractérise plusieurs sortes de pollutions :

- L’envasement :
Notre relief karstique est truffé de failles qui sont autant de fuites d’eau vers les nappes et rivières souterraines . On trouve en effet de nombreuses « bétues * » qui absorbent rapidement les écoulements d’eau de surface. On retrouve donc rapidement les pollutions diverses dans les rivières des vallées, l’eau provenant soit des résurgences des nappes et rivières souterraines, soit des ruissellements . Ces ruissellements sont d’autant plus importants que l’agriculture moderne a supprimé ce qui autrefois retenait la terre (haies, caniveaux, fossés, talus…).
La terre entraînée par l’eau se retrouve au fond des cours d’eau, qui se trouvent envasés. Cet envasement empêche la ponte des poissons au fond des rivières. En effet, les poissons ne déposent leurs œufs qu’entre les pierres où circule une eau claire.
(* une "bétue", en cauchois, est un trou, un "boit tout", ou plus scientifiquement un effondrement karstique du sous-sol crayeux avalant les eaux de pluie et creusée par elles, assurant le drainage du plateau vers la vallée toute proche)

L’azote et les pesticides :
Les pratiques agricoles ont également introduit de plus en plus d’intrants (engrais et pesticides) . L’élevage intensif a occasionné de grosses quantités d’effluents chargés d’azote (lisiers) qui sont déversés sur les sols et qui se retrouvent dans l’eau des rivières. On voit encore des agriculteurs traiter les prairies avec du glyphosate (Roundup) pour les remettre en culture alors que ce genre de pratique est maintenant interdit . Malgré la réglementation, des pratiques illégales occasionnent la pollution des eaux …

Les pollutions domestiques :
Les rejets domestiques sont aussi responsables de la pollution des rivières. Certaines stations d’épuration fonctionnent mal. On voit même encore des rejets domestiques aller directement dans les rivières.

Les pollutions médicamenteuses :
Les produits vétérinaires sont de plus en plus utilisés… Les rejets médicamenteux des hôpitaux et des particuliers ont été décelés récemment en particulier par les travaux du Docteur Spirou . C’est ainsi que l’on observe un taux d’hormones anormal dans certains cours d’eau entraînant une féminisation des poissons . On observe aussi une résistance aux antibiotiques inquiétante…

Les pollutions industrielles :
Elles sont nombreuses. Les mesures de ces polluants sont récentes et la réglementation n’est pas assez développée pour y pallier … Le Conseil de l’Environnement et des Risques sanitaires et technologiques (CODERST) et l’agence de l’eau ont du pain sur la planche pour identifier les pollutions et obtenir réparation de la part des pollueurs. On note cependant que les trop faibles condamnations des pollueurs sont bien insuffisantes pour obliger à un changement de pratiques en matières d’effluents industriels… Il est souvent moins coûteux pour un industriel de payer les amendes plutôt que de stopper les rejets toxiques…
La notion de « PRÉJUDICE ÉCOLOGIQUE » appliquée par les tribunaux devrait bientôt accroître les condamnations en nombre et en importance …

On note aussi une dégradation des milieux naturels :
Les zones humides sont fondamentales dans l’épuration de l’eau et la reproduction des animaux… Elles absorbent les polluants, régulent les débits des rivières et abritent une grande biodiversité. Ces zones humides sont malheureusement souvent reprises pour des activités industrielles ou agricoles. L’estuaire de la Seine est tout particulièrement touché par les activités humaines et les luttes des mouvements environnementaux sont toujours aussi justifiées alors que le projet d’allongement du grand canal n’est pas encore enterré, que la mare plate est menacée de disparition et qu’il est question de voir un creusement encore plus profond du chenal de la Seine par le Port de Rouen.

Lire les documents de l’AREHN sur l’estuaire de Seine

Les berges des cours d’eau : un fleuve est vivant ; il modifie le tracé et la largeur de son lit selon ses besoins. La Seine a changé bien des fois son tracé et sa largeur a été considérablement réduite au profit des activités humaines… On peut découvrir la fabuleuse histoire de la Seine sur le document de l’AREHN
Vallée de la Seine : entre naissance et renaissance

L’homme intervient très souvent pour canaliser les cours d’eau en détruisant les berges naturelles . Elles sont souvent malmenées par des endiguements en béton, des saignées à blanc de la végétation ou des traitements au herbicides « pour faire plus propre » … Or la végétation des bords des rivières joue un rôle fondamental dans la filtration des sédiments, l’épuration des produits toxiques, la fixation des berges et dans la protection de la faune.

Les mares, ouvrages totalement artificiels, sont aussi des plans d’eau très utiles mais elles sont en voie de disparition… Il est vrai que depuis l’arrivée de l’eau au robinet des fermes, les mares ont perdu leur fonction au sein des exploitations… Pourtant elle revêtent un caractère essentiel pour la limitation des ruissellements et l’abri de nombreuses espèces animales et végétales. Il faut absolument entretenir les mares et même en recréer de nouvelles. On trouve pour cela toutes sortes de bons conseils auprès de l’AREHN
Restaurer une mare
L’eau : Cours d’eau, mares, citernes
Les rivières : fonctions, gestion, restauration

Des espèces invasives : certaines espèces animales introduites par l’homme peuvent occasionner une destruction des autres animaux ( exemple : les tortues de Floride) . De même certaines plantes introduites deviennent dominantes et invasives ( exemple la Jussie) .

Barrages et poissons ne font pas bon ménage : les barrages interdisent l’accès des reproducteurs aux zones de frayères pour les salmonidés et les lamproies, ou des jeunes aux zones de grossissement pour l’anguille. Les « passes à poissons » sont de piètres compensations pour pallier aux difficultés rencontrées par les poissons migrateurs. Il est navrant de savoir que la plupart des barrages n’ont plus aucune utilité.

En conclusion, les cours d’eau ont une fonction fondamentale dans les éco-systèmes. Protéger nos rivières et nos fleuves , c’est protéger l’avenir de l’humanité . Beaucoup de facteurs menacent nos cours d’eau mais le plus préoccupant, c’est l’envasement provoqué par des ruissellements boueux…
On peut avoir plus de renseignements sur le sujet sur un document publié par l’ AREHN
Les cours d’eau : fonctions, gestion, restauration

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