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Alimentation, pesticides et cancer

mardi 5 avril 2011

Professeur de cancérologie à l’Université Paris-Descartes et président de l’Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse, le professeur Dominique BELPOMME s’est fait connaître auprès du grand public pour ses prises de position fortes en faveur de la préservation de l’environnement et de la santé.
On lui doit aussi la formulation du concept de santé durable et le concept de prévention
environnementale qui lui est associé.
Il est l’auteur de « Ces maladies créées par l’homme  » et « Avant qu’il ne soit trop tard  » qui traitent des effets de l’environnement sur la santé humaine.

Avant de commencer sa conférence, le professeur nous a rappelé qu’il ne nous apportait pas un message de désespoir mais qu’il faut malheureusement s’en tenir aussi à la réalité. Il y a aussi des changements rapides à apporter dans nos mentalités. Les jeunes ne mesurent pas les problèmes de l’environnement et devraient penser à l’avenir.

1) L’alimentation
Il y a 5 siècles avant JC, Hypocrate disait déjà : « qu’on est en bonne santé si on a une bonne alimentation : si on mange trop, on devient malade et il faut alors faire de l’exercice et un régime ».
Ces règles persistent MAIS LES MALADIES AUSSI !
Depuis 1945, l’agriculture intensive s’est développée : cultures et élevage sont souvent dissociées d’où l’utilisation de nitrates à la place de l’engrais organique contenu dans le fumier qui vont se retrouver dans l’alimentation. Ces nitrates ajoutés sont différents de ceux plus naturels contenus dans le sol. Ces nitrates chimiques sont des intrus pour l’organisme. En effet les nitrates se transforment en nitrosamines qui sont à l’origine du cancer de l’intestin, des lymphomes….

2) Les pesticides
- Ils ne peuvent pas être pulvérisés sans scaphandre d’où leur danger et conséquences dont les agriculteurs sont les premières victimes
- Les normes réglementaires ne nous protègent pas : les consommateurs sont aussi des victimes : les petites doses ingérées même infimes mais répétées sont dangereuses : c’est la durée et la répétition qui font naître la maladie .
- Ils détruisent toute vie des sols ( nématodes, bactéries, vers, insectes, champignons et plantes ). Les pesticides visent non seulement les organismes indésirables ( si l’on considère qu’il existe des organismes « nuisibles » ) mais aussi les plantes et animaux utiles…
Ex : en Martinique, 10% des sols sont stériles pour 1 000 ans à cause du chlordécone entraînant de nombreux cancers.
- Les sols ne peuvent être dépollués. Le Roundup stérilise les sols s’il n’y a pas de nappes phréatiques pour le drainer. Ils perdent progressivement leur rendement. Une stérilisation progressive s’installe.
Ex : La suppression de l’humus en Bourgogne entraîne une baisse de rendement des productions.
- Ce sont aussi des perturbateurs endocriniens pour poissons, oiseaux et mammifères.

Quels sont les pesticides ?
-  Les organochlorés  : sur 800, 500 ont été retirés du marché mais au fur et à mesure qu’on les retire, on en rajoute d’autres et qui sont insuffisamment testés !! l’industriel qui les met sur le marché et se les voit retirer va chercher à obtenir des dérogations pour en prolonger la vente !
Ce sont des polluants persistants dans le sol et leur persistance dans le sol dépend de sa nature. ( ex : aux Antilles dont le sol est volcanique, ils peuvent persister de 7 à 10 siècles : c’est un crime contre l’humanité !!). La facture est double : chère pour les agriculteurs et sanitaire : beaucoup de malades.
Ces organochlorés sont à l’origine des maladies « CMR »
C pour Cancérigènes, M pour Mutagènes et R pour Réprotoxiques ( problèmes de fécondité)
- Les organophosphorés sont à l’origine des maladies d’Alzheimer, de Parkinson de malformations congénitales .
Il y a 2 fois de ces maladies chez les agriculteurs . Il faut aider et non ostraciser les agriculteurs !
- Les dérivés des carbonates utilisés aussi dans les plastiques.

3) Les maladies environnementales
Il y a environ 25 000 gênes dans nos cellules : si 3 à 6 sont atteints, alors un cancer de développe.
Est-ce qu’ insuffisance d’exercices ou alimentation peuvent créer un cancer ? NON !! C’est l’ENVIRONNEMENT qui en est la cause. Sur les 100 000 molécules chimiques mises sur le marché, 70 % ont été retirées mais sur les 30% restantes, 900 seulement ont été étudiées : nous sommes dans une pollution chimique GRAVE ! 80 à 90 % de nos maladies sont dues à la pollution chimique
- L’obésité et le diabète de type 2 peuvent être liés à 1 polluant.
- 1 million de personnes atteintes d’Alzheimer en France ( maladie due aux champs électromagnétiques, intoxication au mercure et pesticides par accumulation de petites doses journalières).
- 1 personne sur 100 en Europe souffre d’autisme ( qui a les mêmes causes que pour Alzheimer )
- 20% des Français ( = 12 millions ) sont allergiques
- 1 enfant sur 7 est asthmatique ( = allergie due aux polluants chimiques de l’air et de nos assiettes)
- Le fœtus et le jeune enfant sont encore plus vulnérables aux polluants chimiques car la division cellulaire se fait de 0 à 3 ans et aussi pendant la puberté.
- Il y a une augmentation annuelle de 1 % des cancers chez l’enfant et 4% avec une
malformation congénitale
Au total, c’est dans notre pays plus de 600 000 enfants malades.

4) Que faire ?
• Individuellement :
- Se protéger en mangeant des aliments bio qui contiennent 3 fois plus d’antioxydants . On retrouve moins de pesticides dans le sang des enfants BIO. Ceux qui ne mangent pas bio peuvent avoir jusqu’à 200 substances chimiques dont 30% sont à l’origine des maladies « CMR »
- La maman devrait donc manger bio avant, pendant et après la grossesse ( à cause de l’allaitement qui reste un plus pour bébé). Les pesticides dans les tissus graisseux et il existe beaucoup de graisses dans les cellules nerveuses en plein développement chez l’enfant .
- Vivre dans un lieu le moins pollué possible.
- Utiliser de l’eau non polluée et sans nitrates. ( Il ne devrait pas y avoir de normes qui continuent aussi d’augmenter )

• Collectivement :
- Il faut militer, préparer l’opinion publique pour une prise de conscience progressive des gens car nous sommes à la veille d’une révolution : la crise est financière, économique et SANITAIRE .
- 1 Français sur 7 est en congé maladie longue durée, 1 Français sur 3 est gravement malade, 350 000 nouveaux cancers par an
- Il faut réformer la politique agricole commune ! (excédent au N et insuffisance au S). Il ne faut pas subventionner l’agriculture mais développer les petites exploitations et encourager les reconversions vers le bio. Il faut remettre l’élevage avec l’agriculture, supprimer la monoculture, replanter des haies, utiliser des engrais verts, utiliser le mulchage .
- Il faut sensibiliser l’opinion comme l’a fait l’appel de Paris avec les médecins qui se mobilisent au niveau européen et mondial.
Voir : http://www.artac.info/index.php?option=com_content&view=article&id=240&Itemid=172

CONCLUSION
Certains professionnels de la santé ont déjà pris conscience que la prévention des
maladies n’était plus adaptée, qu’il devenait difficile de soigner des malades toujours
plus nombreux et que l’origine environnementale des maladies apparaissait de plus en plus évidente.
Il est primordial d’informer les professionnels de santé sur l’étendue des fléaux de santé publique présents et futurs afin qu’ils agissent en conséquence, pour que, face aux pressions lobbyistes, les problèmes sanitaires soient pris en compte de façon plus pertinente.
Dans les débats actuels concernant l’environnement, la voix des chercheurs et des
professionnels de santé est indispensable. Elle doit se faire entendre, car la facture
sanitaire et socioéconomique à payer pour les maladies liées à la pollution est de plus en plus lourde. Toute politique de santé publique qui n’en tiendrait pas compte ne pourra être que vouée à l’échec.

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