Accueil > Les rencontres d’Eco-Choix > Comptes rendus cafés débats archivés > Société, bien-être, santé > Perturbateurs endocriniens

vendredi 25 mai 2012

Perturbateurs endocriniens

vendredi 1er juin 2012

Intervenant : François LEBOULENGER, professeur d’éco-toxicologie à l’université du Havre

Depuis plus de vingt ans les chercheurs ont constaté que certaines substances chimiques induisaient des modifications physiologiques sur certaines espèces animales.

C’est ainsi que les alligators mâles du lac Apoka ( pollué par des pesticides) avaient des pénis atrophiés et un système endocrinien perturbé. Les pesticides concernés (surtout du DDT et du DDE) ont été dosés en concentration anormale dans ces animaux. Ils agissent sur le système endocrinien comme des œstrogènes (hormones sexuelles de type femelle).

Par le passé, on a constaté également une masculinisation de beaucoup de femelles d’espèces de gastéropodes marins et de certains bivalves. Le responsable était le TBT (tributylétain) utilisé pour la protection des coques des navires et maintenant interdit.

Au laboratoire d’Ecotoxicologie animale de l’université du Havre, c’est sur les poissons d’eau douce et estuariens que les mesures ont montré ce genre de perturbation avec une féminisation évidente des mâles.

Des ovocytes sont facilement observés dans les testicules et la concentration en vitellogénine est proche de celle des femelles. Des stéroïdes de synthèse oestrogéniques, comme l’éthynyloestradiol, provenant de pilules contraceptives sont détectés dans la bile de gardons pêchés dans les rivières de Seine-Maritime…

Ces anomalies chez les poissons sont particulièrement marquées en aval des stations d’épuration… là où les concentrations en substances chimiques diverses sont fortes, notamment en œstrogènes en provenance des urines des femmes prenant la pilule… Des injections d’œstrogènes dans les poissons de laboratoire donnent le même genre de perturbations… Cela expliquerait aussi pourquoi l’on constate en estuaire de Seine un déficit de poissons mâles …

Chez l’humains on constate des effets néfastes sur la fertilité des hommes (qualité du sperme altérée), cancers, dysgénésie testiculaire, cryptorchidie… et pour les fillettes une puberté précoce.

On connait le trop célèbre scandale du distylbène. 200 000 femmes ont pris ce médicament entre 1948 et 1977 pour prévenir les avortements… Cela a occasionné de nombreux troubles physiologiques chez leurs bébés (absence de descente des testicules, cancers précoces, malformations des organes génitaux, …). Bien que ce médicament soit aujourd’hui interdit, les médecins constatent ces genres d’anomalies chez les enfants avec une féminisation flagrante… sans doute dues à d’autres substances ingérées par l’alimentation, l’air respiré ( pesticides), le contact de la peau avec certaines substances (parabène dans les cosmétiques, bisphénol A sur les tickets de caisse)

On peut définir un perturbateur endocrinien comme un agent exogène qui altère dans l’organisme le fonctionnement des systèmes endocrines, notamment en mimant l’action de certaines hormones.

On connait aussi maintenant l’action de certains perturbateurs endocriniens sur le métabolisme des hormones, en agissant comme des inhibiteurs ou des activateurs d’enzymes.

La liste des perturbateurs endocriniens est très longue.

On peut classer les perturbateurs endocriniens en 4 groupes : Des substances d’origine végétale (phytoestrogènes), les hormones (naturelles ou de synthèse), les pesticides (herbicides, fongicides, insecticides) et de nombreux produits de l’industrie (phtalates, bisphénols, retardateurs de flammes, plastiques alimentaires, détergents, cosmétiques, médicaments…))
Les plus connus sont le bisphénol A (on en retrouve un peu partout : dans toutes sortes de plastiques, dans les boîtes de conserve, les canettes de soda, les tickets de caisse, etc..), l’estradiol ( E2), l’éthynyloestradiol ( EE2 des pilules contraceptives, les PCB, les pesticides (on se souvient du scandale du chlordécone aux Antilles), les COV, la dioxine, et des centaines d’autres…

Impossible de tester toutes ces substances ni d’en définir les concentrations toxiques… D’autant plus que l’on sait maintenant que certaines molécules agissent à très faible dose et qu’en plus elles agissent très souvent en synergie avec d’autres ( effet cocktail) . Les combinaisons sont donc infinies …

Parallèlement aux études des laboratoires d’écotoxicologie, les études épidémiologiques sont précieuses pour identifier les perturbateurs endocriniens. Mais le nombre de ces études est insuffisant pour mettre en relation l’exposition aux effets, ces deux événements étant en général fortement espacés dans le temps, notamment dans le cas des cancers.

Les seules molécules avérées comme des perturbateurs endocriniens sont des substances écologiquement persistantes ( DDT, PCB, TBT…)
Tous les organes sont soumis à l’action d’hormones ; de ce fait, les fonctionnements de tous les organes peut être altérés par des perturbateurs endocriniens. Heureusement, les organismes résistent assez bien aux molécules étrangères…

La période la plus sensible est celle du stade fœtal et périnatal. A ce moment les cellules encore indifférenciées peuvent être fortement altérées ou mémoriser au niveau des chromosomes de futures altérations qui pourront se retrouver dans les générations suivantes ( effets épi-génétiques de certains pesticides par exemple, dus à une perturbation de la méthylation de certaines molécules d’ADN).

Pour compléter ce résumé, vous pouvez visionner le film " Mâles en péril" de Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade, suivi d’un débat (ARTE)

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.