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L’estuaire de la Seine, un milieu sensible

dimanche 10 juin 2012

« L’estuaire, un milieu sensible », avec Christophe BESSINETON (écologue) et Martin BLANPAIN ( directeur de la Maison de l’Estuaire)

Christophe Bessineton (écologue)

L’estuaire a un rôle fondamental dans le développement et la survie des espèces vivantes.
C’est le gradient de salinité qui détermine en grande partie la diversité des habitats dans l’estuaire. Exemples : l’avocette a besoin de zones de nourrissage (vasières) et de zones de reproduction (plaines). Les poissons ont eux aussi besoin de nourriceries différentes tout au long de leur croissance (zones à plancton, pélagos, benthos…).

Si une zone est détériorée par des aménagements industrialo-portuaire, c’est la vie qui est en danger. C’est pourquoi les différents travaux effectués dans l’estuaire (digues, pont de Normandie, port 2000…) obligent la nature à s’adapter pour survivre aux modifications artificielles de leur milieu. On est passé d’un écosystème à un anthroposystème complexe. Ainsi, port 2000 s’est installé sur des zones de reposoir d’oiseaux (vasières) créant des perturbations dans les courants hydrauliques et donc des modifications de l’envasement de l’estuaire.

Les mesures compensatoires ou « d’accompagnement » (reposoir, banc du ratier, aménagements des vasières) ne suffisent pas à réparer ce qui a été détruit. De même le projet de plateforme multimodale du GPMH sur des prairies humides et des bois alluvionnaires perturbera à coup sur la vie et mettra en danger des espèces déjà menacées…

D’autres projets, s’ils viennent à terme, créeront des perturbations irréparables : l’allongement du grand canal (par le GPMH) et l’approfondissement du chenal (par le port de Rouen).

Enfin, à cause du réchauffement climatique, on s’attend à une montée du niveau de l’eau de 1m en 50 ans créant là encore de grosses modifications du biotope.
Cette co-évolution de l’homme et de son environnement sous tend la nécessité d’une gestion globale de l’estuaire, ce qui n’est pas encore le cas …

Martin Blanpain ( directeur de la Maison de l’Estuaire)

La maison de l’estuaire a justement été créée en 1992 pour engager des concertations autour des projets d’aménagement de l’estuaire. Depuis 1999 elle est aussi chargée de la gestion de la RESERVE NATURELLE ( créée en 1997).

Cette réserve naturelle renferme une grande diversité d’habitats ;

îlot du ratier, vasières, dune, roselières, fossés, criques, filandres, prairies de hautes herbes (mégaphorbiaies), mares (environ 200 gabions et 100 mares « orphelines »), prairies pâturées ou fauchées… Chaque type d’habitat correspond à des espèces animales et végétales bien identifiées dont certaines en voie de disparition…

Préserver ces différents types d’habitats et la coexistence des différents acteurs économiques de l’estuaire est un vrai casse tête… Il faut ménager les intérêts des chasseurs, des agriculteurs, des exploitants de roselières et du GPMH…

L’estuaire étant très compartimenté, il faut gérer au mieux les connexions hydrauliques pour limiter les perturbations biologiques, maintenir de l’eau dans les zones humides tout en gardant sèches les zones de nidification… Pour cela des canaux équipés de vannes ont été créés mais la manipulation de ces vannes qui devrait être du seul usage de la maison de l’estuaire est souvent usurpée par les différents acteurs de l’estuaire à leur avantage. La police ne parvient pas à verbaliser car la justice classe souvent « sans suite » des exactions de ce genre ! D’autres mesures de protection des habitats sont mises en œuvres par la maison de l’estuaire.

Exemple : l’introduction de chevaux camarguais et de bœufs d’Ecosse pour limiter les fauches mécanisées.

L’estuaire a été classée « natura 2000 » et se trouve ainsi protégée partiellement par la loi européenne. L’Union Européenne participe financièrement à sa sauvegarde. Le plan quinquennal de gestion de la réserve naturelle définit les droits et devoirs de chacun afin de préserver au mieux la biodiversité. Récemment ce plan a été modifié par le sous préfet du Havre alors qu’il n’en avait pas le droit. Le tribunal administratif de Rouen a donc annulé ce plan qui devra être revu au plus vite.

Enfin la maison de l’estuaire a aussi pour vocation d’accueillir le grand public et les scolaires dans l’estuaire pour lui faire découvrir toute la biodiversité de notre estuaire et pour lui faire comprendre les différents enjeux. Pour cela des visites régulières sont proposées par des animateurs.

On peut en connaître le détail sur le site :
http://www.maisondelestuaire.net/decouverte_anim.html

Dimanche 10 juin 2012, une dizaine de personnes ont bravé la météo pluvieuse pour s’aventurer dans l’estuaire de Seine avec comme guide, Sonia, une animatrice de la Maison de l’Estuaire.

Ils ont pu découvrir la roselière et ses habitants, les filandres, les mares et les vasières.

Ils ont pu comprendre combien l’estuaire était une zone humide riche et indispensable à la vie des oiseaux, des poissons et des plantes.

Tous étaient très satisfaits de cette sortie en se promettant de revenir découvrir notre estuaire.

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