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Les OGM, qu’est-ce que c’est ? (mars 2013)

mardi 19 mars 2013

Christian Vélot est Docteur en Biologie, Maître de conférences en génétique moléculaire à l’Université Paris-Sud 11, et responsable d’une équipe de recherche sur le Centre scientifique d’Orsay. Il est membre du comité scientifique du CRIIGEN (comité de recherche et d’information indépendant sur le génie génétique ).
Il fait de très nombreuses conférences en France et a écrit deux livres de vulgarisation :
« OGM, tout s’explique » (Editions Goutte de Sable, 2009) et « OGM un choix de société » (Editions de l’Aube, 2011).

Tous deux, abordés sous des angles différents, reprennent et développent l’essentiel de la conférence qu’il a donnée à St Romain.

Une cinquantaine de personnes ont assisté à cette conférence qui dura près de 3 heures.

Lanceur d’alerte :

Christian Vélot est un scientifique mais contrairement à beaucoup de ses confrères, il a pris le parti d’alerter ses concitoyens lorsqu’il pense que la science va à l’encontre du respect de la nature et de l’homme. C’est le cas pour ce qui est des OGM cultivés en plein champ.
Aussi Christian Vélot , lanceur d’alerte, n’hésite pas à dire ce qu’il pense, à défendre les faucheurs volontaires d’OGM et, que ce soit avec le CRIIGEN ou l’association « Fondation science citoyenne », il consacre une grande partie de son énergie à rétablir la vérité scientifique.

Il est aux côtés de Gilles-Eric Séralini pour demander une meilleure expertise sur l’influence de l’ingestion d’OGM sur la santé.

Voir l’étude Séralini sur le site www.criigen.org

Y voir clair parmi les différents OGM

Après avoir expliqué ce qu’est un OGM, Christian Vélot a décrit les différentes sortes d’OGM, leurs applications multiples et comment on les obtient en laboratoire. Il distingua les OGM transgéniques (avec apport d’un gène extérieur) et les OGM dits « SAGE » !!! (Sans Ajout de Gène Extérieur !), que nombre de militants anti-OGM appellent très justement « OGM cachés » ou » OGM clandestins ».
On utilise depuis 1980 en laboratoire les OGM pour synthétiser des protéines qui deviendront parfois des médicaments. C’est le cas très connu de l’insuline. Mais depuis 1990 des OGM ont été introduits dans le domaine agricole. On fait pousser en plein champ des plantes Génétiquement Modifiées (PGM) : maïs, soja, pommes de terre….
Contrairement aux médicaments de synthèse protéines recombinantes) où l’on n’ingère pas l’OGM qui a synthétisé le médicament, les PGM (Plantes génétiquement modifiées) sont directement ingérés par les animaux, voire les humains. On retrouve ces PGM dans nos assiettes…

Trois sortes de PGM sont fabriquées :
- celles qui tolèrent un herbicide (60%),
- celles qui synthétisent un pesticide insecticide (20%)
- des OGM de seconde, troisième ou quatrième génération ( 20%) qui, par croisement de deux OGM, tolèrent ou synthétisent plusieurs pesticides.

La confiscation du vivant :

La principale question éthique posée par les PGM est celle de l’appropriation du vivant par quelques sociétés semencières ou fabricant des pesticides (Monsanto et Bayer étant les principales) qui déposent des brevets sur les PGM. « C’est une arme de dissuasion plus puissante que n’importe quelle bombe nucléaire » puisque ces sociétés, par leurs brevets peuvent détenir la quasi totalité de l’alimentation mondiale, et ainsi exploiter les agriculteurs et affamer s’ils le souhaitent des peuples entiers…

Les OGM : un miroir aux alouettes :

On est bien loin du miracle des OGM qui devaient faire disparaître les famines…
Pour fabriquer un OGM qui réponde à des objectifs précis il ne suffit pas d’ajouter un gène extérieur à la chaîne d’ADN, encore faut-il aussi maîtriser et connaître les conséquences sur l’ensemble de l’ADN (des gènes) de l’organisme ainsi modifié, les conséquences sur le métabolisme de la plante, et les répercussions sur la chaîne alimentaire, ainsi que les conséquences sur l’interaction de la plante avec son environnement. Pour cela il faudra attendre très longtemps car la technologie des OGM n’en est qu’au stade du tâtonnement …

Des tests à la "va-vite" et… secrets

S’agissant de plantes-pesticides, les PGM peuvent occasionner de nombreux risques environnementaux et sanitaires. Contrairement aux médicaments, les autorités sanitaires n’exigent pas d’expertises très poussées. Les tests pratiqués sur des rats ou des souris sont trop brefs (3 mois au plus) alors qu’il faudrait au moins 2 ans (la durée de vie d’un rat) pour connaître les éventuels effets chroniques liés à l’ingestion d’un OGM, voire davantage si l’on considère que les répercussions pourraient apparaître dans les générations suivantes !
L’étude de Gilles-Eric Séralini, contrairement à celles qui ont conduit à l’autorisation commerciale des PGM, a duré 2 ans…
Par ailleurs les tests sont faits par les firmes qui produisent les OGM. Le CRIIGEN ou tout autre organisme scientifique ne peut les obtenir sous prétexte de « secret industriel »… A elle seule cette opacité ne peut que soulever le soupçon sur les fabricants d’OGM…

Des impacts très graves sur la vie :

Qu’elles soient plantes produisant un insecticide ou plantes tolérantes aux herbicides, elles peuvent avoir de nombreux conséquences irrémédiables.
- Un impact sur la faune et la flore du fait des concentrations toujours plus fortes en pesticides dans les sols car même les plantes qui synthétisent les insecticides (le maïs Bt par exemple) le relâchent dans le sol par les racines. La vie du sol ainsi infesté de pesticides est grandement affectée, voire disparaît …
- Un impact des pesticides sur les insectes : certains vont être décimés, d’autres vont perdre certaines fonctions vitales (par exemple le sens de l’orientation chez les abeilles) et d’autres vont acquérir une résistance aux insecticides et leur donner la domination (du nombre) sur les autres espèces…
- L’apparition de la résistance de certaines plantes aux herbicides
- La dissémination des PGM peut occasionner une pollution génétique en contaminant les non OGM. C’est ainsi que les agriculteurs en Bio ne pourront plus garantir leurs produits « sans OGM ». Cette pollution génétique peut être verticale (par le pollen, les oiseaux…) ou horizontale (par contact direct entre l’ADN des résidus de PGM broyés en fin de culture et les micro-organismes du sol)

- Et bien sûr on ne connaît pas encore les conséquences de la présence d’OGM dans nos assiettes…

Mais les résultats de la récente étude du Professeur Séralini, ainsi que de celles à trois mois faites par les labos Monsanto dans le cadre des évaluations officielles — et pour certaines desquelles on a pu accéder aux données brutes au prix de procédures judiciaires ou administratives monstrueuses pour surmonter le fameux secret industriel — laissent craindre le pire. On connait bien la remarque fallacieuse des Pro-OGM qui affirment sur tous les médias que les américains mangent des OGM depuis 20 ans et qu’on n’a pas observé de conséquences néfastes sur leur santé… C’est totalement fallacieux car les filières OGM et non OGM ne sont pas séparées sur le continent américain. Aucune traçabilité n’est donc possible. Aucune étude épidémiologique sérieuse n’a donc pu être faite… Un scientifique digne de ce nom ne peut donc affirmer l’innocuité des OGM sur l’homme.
Au contraire Gilles-Eric Séralini, grâce à son étude sur les rats, a démontré que l’on ne peut pas conclure aujourd’hui à leur innocuité. Les rats qu’il a étudiés ont bel et bien contracté durant les deux années de l’étude des tumeurs mammaires (pour les femelles) et des troubles hépatiques et rénaux chroniques sévères (chez les mâles) . Cette étude a commencé à ébranler les convictions des autorités sanitaires puisqu’elles ont souligné la nécessité de mener de nouveaux tests sur 2 ans … C’est une première victoire du CRIIGEN mais la bataille contre les lobbies de l’agro alimentaire ne fait que commencer !

Christian Vélot a aussi pour souci que la science ne se fasse pas en vase clos dans les laboratoires mais en interaction avec les acteurs de la société civ ile.

Un projet de recherche agronomique, par exemple, doit se mener en partenariat avec les paysans, qui sont les inventeurs de l’agriculture et les premiers généticiens du monde (c’est à eux que l’on doit aujourd’hui toute la diversité des semences qui existent à travers le monde et sont parfaitement adaptées aux multiples niches écologiques). « C’est avec les paysans que nous devons définir les objectifs en matière de productions agricoles et d’alimentation »

La vraie question est : « A-t-on vraiment besoin des OGM pour combattre les parasites ou les adventices des cultures ? »
L’agro-écologie donne certaines solutions, tant du point de vue des ressources génétiques déjà disponibles que des pratiques culturales. Dans tous les cas il s’agit de remettre de la biodiversité là où elle a disparu pour recréer l’équilibre naturel qui veut qu’aucune espèce ne devienne invasive. Sans faire appel à la chimie ni aux OGM, on peut aussi cultiver des espèces adaptées au sol, à la région, au climat ou des variétés plus résistantes aux conditions climatiques ou aux parasites... en réintroduisant des variétés anciennes sélectionnées par les paysans pour cela.

Dans cette question si controversée des OGM comme dans beaucoup d’autres technologies ( nanoparticules… ) c’est le principe de précaution qui devrait prévaloir, tant que l’utilité sociale n’a pas été démontrée…

Exigeons donc que de nouvelles évaluation soient effectués par des organismes indépendants comprenant non seulement un collège scientifique mais également un et surtout un collège économique, éthique et social, avant de se lancer aveuglément dans la course à des technologies livrées clés en mains à des paysans qui n’en ont que faire. C’est une politique de fuite en avant qui non seulement confisque le paysan de son savoir faire mais également finira de ruiner la biodiversité déjà tellement en danger

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