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Qualité de l’air, enjeux sanitaires et actions du Plan Régional Santé Environnement

vendredi 31 mai 2013

QUALITE DE L’AIR
Intervenant : Jérôme DUBREIL, de l’ARS (Agence Régionale de Santé) de Haute-Normandie

1) Enjeux sanitaires :

La QAI (qualité de l’air intérieur) est un véritable enjeu de santé publique et une préoccupation croissante. Les crises sanitaires (amiante, légionellose…) ont entrainé une prise de conscience et une reconnaissance des effets d’une mauvaise QAI. La durée d’exposition est importante car les humains vivent en lieu clos. Le nombre de polluants et leurs sources augmentent, du fait du développement de la chimie après guerre ; ainsi que le confinement, du fait de l’isolation des bâtiments.. L’ensemble de la population est concernée, avec un risque plus important pour les personnes fragiles : enfants, femmes enceintes, malades.
La population est sensibilisée aux problèmes de QAI, et souhaite être informée sur le sujet.

Les contaminants peuvent être
- physiques (particules, amiantes, fibres, radon ),
- chimiques (monoxyde de carbone, oxydes d’azote, ozone, métaux lourds, COV : composés organiques volatiles),
- biologiques (moisissures, acariens, blattes, bactéries, virus).
Ils sont nombreux, de sources multiples, et leurs interactions mal définies…

2) Complexité de la pollution
Les effets sur la santé ont des manifestations cliniques diverses : symptômes respiratoires, digestifs, allergiques, infectieux, neurologiques, pouvant aller jusqu’à l’intoxication mortelle ou invalidante ou au cancer…
Les effets peuvent être à plus ou moins long terme, avec plus ou moins de gravité, sans qu’il y ait obligatoirement de conséquence sanitaire, dépendant du type de polluant, de sa concentration, de la durée d’exposition, et de la sensibilité de l’individu.

Il existe
- des pathologies respiratoires non spécifiques  : Sick Building Syndrom (SBS) ou syndrome des bâtiments malades, syndrome complexe non corrélé à un agent spécifique ; et Multiple Chemical Sensivity (MCS) ou sensibilité chimique multiple, exacerbation de la sensibilité aux produits chimiques, maladie reconnue aux Etats Unis, relativement rare.
- des pathologies respiratoires spécifiques  : l’appareil respiratoire est une voie privilégiée d’exposition, mais aussi atteinte d’organes ou de tissus par les toxiques via la circulation sanguine, elles peuvent être infectieuses (bronchite, légionellose) ou non (asthme, allergie).

La mortalité/morbidité liées à la mauvaise QAI est très importante et en augmentation. A minima, une mauvaise QAI, avec un taux de CO2 important (indique le taux de confinement) entraîne une réduction des capacités d’une personne : baisse de la concentration, de la mémorisation, des performances…

OUVREZ LES FENETRES !!!

3) Action du Plan Régional Santé Environnement

Cette préoccupation récente a conduit à la création de l’OQAI, l’Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur, en 2001, afin de mieux connaître la pollution intérieure, mettre au point des recommandations, organiser des campagnes de mesures dans les logements, puis les lieux fréquentés par du public.
Différentes approches sont possibles, par pathologie (plan cancer, plan asthme), ou par polluant (amiante, plomb, CO, substance chimique), afin d’établir des stratégies de prévention : démarche HQE, Grenelle de l’environnement, Plan National Santé Environnement.
Le Plan National Santé Environnement 2009-2013 comporte 12 mesures phares, dont
- La mise en place d’un l’étiquetage sanitaire des produits de construction et de décoration, utiliser des produits et matériaux moins émissifs, construire en alliant performance énergétique, QAI et qualités acoustiques (sensibilisation et formation des professionnels), mesurer les performances en matière de QAI des bâtiments BBC.
- La réduction de l’exposition aux polluants dans l’habitat et les bâtiments accueillant des enfants, développer la surveillance dans les lieux clos accueillant du public, sensibiliser les collectivités.
- Le développement d’un réseau de conseillers médicaux en environnement intérieur (CMEI) : intervention sur prescription d’un médecin généraliste ou spécialiste pour un audit du logement, articulation avec les services d’inspection ARS et SCHS qui interviennent sur le terrain.

LES FACTEURS DETERMINANTS DE LA QUALITE DE L’AIR INTERIEUR
Intervenant : Sébastien LE MEUR, d’Air Normand

1) Les différents polluants des espaces intérieurs :

La QAI dépend
- des échanges avec l’air extérieur (trafic routier, proximité d’industries , de végétaux ), avec le sous-sol (nappe ou sol pollué, radon),
- de la présence de sources de pollution intérieure (activités des occupants : tabagisme, ménage, bricolage, cuissons, toilette, et habitudes de vie : animaux, plantes),
- de la qualité du bâti et de son entretien (appareils de chauffage à combustion non raccordés à l’extérieur, systèmes de ventilation, matériaux de construction, de décoration, de finition et d’ameublement)

Il convient donc
- de diminuer les sources de pollution intérieure,
- diluer les polluants par les systèmes de ventilation et d’aération
- veiller à l’emplacement des prises d’air extérieur, à l’entretien des systèmes d’extraction d’air (grilles, caissons, filtres, etc)
- respecter à minima les débits d’air réglementaires,
- ne pas boucher les entrées d’air frais et les nettoyer,
- purifier l’air en dernier recours
- former les professionnels

Mise en œuvre de gestes simples permettant de réduire les concentrations de polluants : information aux consommateurs (attention aux choix des produits achetés, comprendre les systèmes de ventilation, aération journalière)

2) Mise en place d’une surveillance obligatoire de la qualité de l’air intérieur dans certains établissements recevant du public (ERP)

- A commencer par les lieux recevant des enfants en bas âge, les lieux recevant du public seront progressivement tous concernés
Cette surveillance concerne 3 polluants :

  • le benzène ;
  • le formaldéhyde ;
  • le dioxyde de carbone (permet le calcul de l’indice de confinement).

- Une convention a été signée entre Air Normand et l’Agence Régionale de Santé (ARS) de Haute-Normandie afin de travailler avec les collectivités sur la mise en place de cette réglementation. Ainsi, Air Normand propose aux collectivités des réunions de sensibilisation sur la qualité de l’air intérieur, la réalisation de campagnes de mesures afin de visualiser la démarche à entreprendre, l’aide à la rédaction de cahiers des charges…
Elle comprend également l’évaluation des moyens d’aération

  • est-il possible d’ouvrir les fenêtres ?
  • existe-t-il une ventilation mécanique ?
  • Les bouches d’entrée et de sortie sont-elles opérationnelles ?) et doit être renouvelée tous les 7 ans.

3) Etiquetage sanitaire des matériaux de construction :

Décret du 23 mars 2011 relatif à l’étiquetage des produits de construction ou de revêtement de mur ou de sol et des peintures et vernis sur leurs émissions de polluants volatils

4) Points de vigilance dans les bâtiments BBC :

Les bâtiments de demain, avec la norme RT 2012 peuvent être préoccupants car l’isolation d’un bâtiment peut entraîner l’augmentation du taux de confinement et donc la concentration des polluants.
La vigilance doit donc porter sur la formation des professionnels, qui doivent savoir
- réaliser des calculs permettant de prévoir une ventilation suffisante,
- savoir s’il y a un risque de condensation,
- prévoir des entrées d’air suffisantes puisqu’il n’y a plus d’entrées d’air parasites, etc.)

Il est important de
- diminuer les apports en polluants des matériaux de construction, du mobilier et des produits d’entretien (étiquetage, labels…) dans les environnements intérieurs ,
- concevoir et entretenir les systèmes au regard des risques sanitaires évalués (puits canadien, ventilation double flux…)
- veiller à la bonne mise en œuvre des systèmes retenus (formation des professionnels).

Attention aux excès de zèle pour le ménage : mélange de produits, surdosages, utilisation de vieux stocks de produits n’étant plus aux normes… : encore une fois, formation des professionnels.. ;

AIR INTÉRIEUR ET SANTÉ : LES POLLUANTS BIOLOGIQUES
Intervenante : Pascale BOULET, conseillère médicale en environnement intérieur (CMEI)

1) La CMEI
- réalise des audits des logements de patients atteints de maladies respiratoires inflammatoires ou infectieuses, d’allergies et peut aussi intervenir dans d’autres pathologies : conjonctivite, transplantation, mucoviscidose, chimiothérapie. Elle intervient sur prescription médicale, et adresse un compte rendu au spécialiste, au médecin traitant et au patient.
- dépend de l’OQAI, créé en 2001 travaille sur la connaissance de la pollution intérieur, ses origines, ses répercutions sur la santé, cherche à identifier les situations à risques et à élaborer des recommandations pour les bâtiments (matériaux et équipements) pour l’amélioration de la qualité de l’air intérieur.
Il existe différents types de polluants : chimiques ou biologiques, il faut les identifier et avoir une action sur les sources.

2) Les polluants biologiques :
- Les acariens  : ils font partie de la famille des arachnides : ils ont 8 pattes, ils sont translucides et microscopiques.
Facilement transportés d’un endroit à un autre par un petit courant d’air, les acariens ne peuvent être vus à l’œil nu, ils mesurent 0,3 mm. Chaque gramme de poussière en contient 100 000 !!
Un acarien vit entre 30 jours et 2 mois pour la femelle et produit jusqu’à 100 œufs par mois. Ils survivent dans n’importe quel environnement. Les acariens ont besoin de chaleur et d’humidité. Ils laissent derrière chacun d’eux environ 2000 matières fécales en 10 semaines, et les allergènes se trouvent dans ces déjections.
10 à 20% de la population est sensibilisée aux acariens

Les sources :

  • matelas, sommiers, oreillers, couette,
  • canapé, rideaux, tentures,
  • jouets, peluches,
  • vêtements,
  • Encoignures et rainures de plancher

CONSEILS :

  • Mettre une housse anti acariens (housse à tissage très fin, permettant la circulation de l’air et de l’humidité, mais ne permettant pas l’accès aux acariens),
  • éviter les produits chimiques (pas de spray…),
  • laver les draps toutes les semaines,
  • laver régulièrement les oreillers, les couettes ou couvertures (à 60°),
  • aérer le lit tous les jours
  • limiter ou supprimer les peluches, les laver
  • aspirer les matelas, canapés, bien choisir son aspirateur (avec sac)
  • choisir un revêtement de sol lavable
  • réduire l’humidité intérieure : 40 à 60% (à contrôler avec un appareil fiable, utiliser un déshumidificateur le cas échéant)
  • contrôler la température : 18 à 19 °C
  • faire les poussières avec un chiffon humide, laver le chiffon à chaque fois
  • nettoyer les surfaces et objets à risque
  • réduire les tapis, tentures, rideaux… (Préférer les stores à enrouleur)
  • éviter certains matériaux (meubles tapissés, moquette, jonc … préférer bois, cuir, vinyle)
  • garder les vêtements dans un placard dont la porte est fermée
  • placer des filtres sur les bouches d’aération et de chauffage

- Les allergènes d’animaux domestiques, ou indésirables :

  • Chat, chien, cheval
  • NAC : nouveaux animaux de compagnie (rat, souris, hamster, furet …)
  • Oiseaux en cage
  • Fientes de pigeons ++++

Les sources :

  • Tapis, moquettes, coussins, fauteuils
  • Paniers et coussins de l’animal
  • Litières
  • Vêtements (en particulier vêtements d’équitation)
  • La nourriture pour animaux

CONSEILS

  • Limiter les animaux dans le logement si allergie
  • Interdire les chambres aux animaux
  • Laver les animaux (pour les chats, possibilité de les « caresser » avec un gant de toilette mouillé)
  • Nettoyer régulièrement les paniers mais attention à l’eau de Javel (mauvaise combinaison avec l’urine)
  • Préférer les sols lavables Les allergènes du chat persistent plusieurs mois après l’éviction du chat
  • Pour les fientes de pigeons : se protéger
  • Chevaux : attention au choix de l’habitation, les allergènes sont transportables à plusieurs centaines de mètres

- Les blattes ou cafards :
Augmentent le risque d’asthme chez le jeune enfant, les allergène sont contenus dans le squelette, les déjections, et l’appareil digestif
Où se trouvent les blattes ou cafards ? Surtout dans l’habitat collectif :

  • Les cuisines,
  • Gaines techniques,
  • Vides ordures,
  • Les plinthes, carreaux de faïence,
  • Sous les éviers, lavabos …,
  • à proximité d’une Boulangerie, pizzéria …

CONSEILS

  • Nettoyer les locaux très régulièrement,
  • Traiter impérativement (produits chimiques inévitables…),
  • les gels sont plus efficaces (les insectes transportent le produit jusqu’au nid).

- Les plantes :

  • Le ficus, Caoutchouc, Le papyrus, etc
  • Allergisantes si présence de latex,
  • Attention aux moisissures,
  • Certaines plantes peuvent être toxiques. Des plantes pour se faire plaisir, pas une serre dans la maison = apport de beaucoup d’humidité

- Les pollens :
Ils dépendent de la saison, et reviennent chaque année à la même période
Effets :

  • Nez qui pique, coule ;
  • On éternue ;
  • Les yeux pleurent, démangent ;
  • On tousse, on a du mal à respirer ;
  • Mal à la tête,
  • On dort mal, on est fatigué…

CONSEILS

  • Faire le « grand ménage » après les pollens, (chiffons humides, aspirateurs, lavage)
  • Ne pas sécher dehors (ou bien secouer le linge avant de le rentrer dans la maison)
  • Aérer très tôt le matin ou tard le soir
  • Porter lunettes et chapeau de soleil ;
  • Se rincer les cheveux le soir et changer de vêtements
  • Éviter les promenades en forêt ou dans les champs, selon l’allergène redouté
  • Tailler sa haie pour diminuer les pollens

ATTENTION : Relations triangulaires entre pollution, pollens et allergie.
La pollution peut à la fois agir sur les pollens en modifiant leur structure biochimique extérieure et par là même leur allergénicité, et sur les muqueuses respiratoires de l´homme en modifiant sa sensibilité immunologique aux grains de pollens.
Très variable d’une région à l’autre
La pollution aggrave le pouvoir allergisant des pollens, donc les signes d’allergie
Les pollens peuvent être plus d’un an dans les logements et être toujours aussi actifs

Cette pollution dépend de la météo :

  • Le soleil + température douce + le vent = Émission et dispersion du pollen dans l’air
  • L’orage + pluie = diminution
  • Froid + gel = ralentissent l’arrivée des pollens
    Aller sur RNSA : http://www.pollens.fr
    et OQAI  : http://www.oqai.fr (pour les plantes)

Très important :

  • Bien prendre son traitement
  • Anticiper : prévoir dès janvier le rendez-vous avec l’allergologue, afin d’avoir le traitement approprié le moment venu (en mai-juin, période d’examen pour les étudiants par exemple)

- Les moisissures  : Aspergillus, Penicillium, Alternaria, Cladosporium……
Il n’y a pas de maison sans moisissures … de nombreux agents pathogènes en proviennent
Production de vapeur par l’humain :

  • Au repos : 30 à 60 g / h / personne
  • En activité : 50 à 250 g / h / personne
  • Lessive, toilette, cuisine (4 pers) :1,6 à 8 g / h / m3
  • Séchage de la lessive 0,5 à 1,8 l / J Total des apports journaliers d’un logement de : 174 m2 occupé 15 h / jour et par 4 personnes : 8 à 35 kg / jour Autres sources :
  • façade, toiture, menuiseries peu étanches, infiltrations
  • remontée capillaires….
  • Attention aux fuites d’eau,
  • fruits et légumes (qui moisissent…) ;
  • compost trop près de la maison

Effets :

  • Pathologie pulmonaire : aspergillose, asthme, pneumopathie…,
  • Fièvre d’inhalation
  • Troubles ORL : Nez bouché, rhinite, sécheresse de la gorge
  • Manifestations oculaires : Larmoiements, irritation ou sécheresse
  • Manifestations cutanées : Prurit, érythème, sécheresse
  • Somnolence ou céphalée

CONSEILS :

  • Nettoyer, quand la surface est trop importante faire intervenir des professionnels ;
  • Entretenir ;
  • Isoler ;
  • Surveiller : contamination élevée à partir de 3 m² atteints La technique :
  • Laver au détergent + eau ;
  • Rincer ;
  • Désinfecter à l’Eau froide : 10 l + 1 berlingot de javel ;
  • Sécher parfaitement ; ventiler et aérer

LA PRÉVENTION : c’est l’arme la plus efficace pour faire face à la maladie allergique, respiratoire
- Aérer : Tous les jours : 30 minutes au minimum
- Ventiler : De manière efficace le logement
à la maison,
au bureau,
à la crèche,
à l’école,
au lycée…
salle de sport, loisirs…

AERER ++++

Pour en savoir plus :
Baromètre « santé environnement » 2007 –INPES
Plan national santé environnement 2009-2013
Plan régional santé environnement 2010-2013
Guide pratique 2010 INVS « Gestion de la Qualité de l’air intérieur » établissements recevant du public
Guide pratique « construire sain »à l’usage des maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre pour la construction et la rénovation
Guide des bons gestes pour un bon air-
Guide un air sain chez soi- ADEME 2012(consultable en ligne)

Quelques livres :
Qualité d’air intérieur, qualité de vie : 10 ans de recherche pour mieux respirer- OQAI 2012, de Séverine Kirchner
La pollution de l’air intérieur- Sources Effets Sanitaires Ventilation- DUNOD

Liens utiles :
www.ars.haute-normandie.sante.fr/Internet.haute-normandie.0.html
www.air-interieur.org
www.cmei-France.fr
www.airnormand.fr/
www.air-interieur.org/
www.anses.fr/
http://basol.ecologie.gouv.fr/ (Bases de données des sites et sols pollués ou potentiellement pollués)
http://basias.brgm.fr/ (inventaire historique de sites industriels et activités de service)
http://www.infolabel.be/

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