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Une monnaie locale. Pourquoi ? (14 Février 2014)

lundi 17 février 2014

Une monnaie locale Pourquoi ?

Depuis très longtemps des monnaies complémentaires ont été émises dans différents pays,différentes régions ou villes soit à cause de graves crises économiques ( le Crédito en Argentine par exemple) soit pour favoriser l’économie locale et endiguer une croissance délirante, une surconsommation,une sur-exploitation des ressources terrestres, une explosion de la quantité de déchets, une production de gaz à effets de serre galopante…
afin de protéger notre éco-systèmeCes monnaies locales nous viennent des Etats-Unis, du Canada, de l’Australie et de l’Angleterre, où depuis 2008 la Lewes Pound adoptée dans cette petite ville du Sussex (Lewes) a fait des émules à Totnes et Stroud dans le Sud-Ouest, ainsi qu’à Brixton, un quartier sud de Londres.
Pionnières également l’Allemagne et la Suisse avec le Chiemgauer et le Wir. Sans oublier le Brésil et sa banque Palmas, l’Argentine ou le Japon. Au total, on compte aujourd’hui plus de 2 500 monnaies locales dans le monde.
En France on en dénombre une trentaine en circulation, le Sol Violette est bien connu à Toulouse, l’Eusko au pays basque, l’Heol à Brest, la Muse à Anger, le Galléco en Ile et vilaine, les Mipys qui arrivent en Région Midi Pyrénées... mais bien d’autres existent ou sont en train de naître.

Dans larégion Havraise l’association le GRAIN travaille depuis plusieurs années à la mise en place del’Épi.Mais une monnaie locale pourquoi ?

Pour répondre à cette question, il faut savoir que le fonctionnement économique moderne repose sur des besoins d’un autre temps. Ce fonctionnement a été décrit par Adam Smith en 1776 dans son livre« La richesse des nations », et avait été conçu pour répondre aux besoin de l’époque : produire plus pour permettre à tous de passer d’une époque de rareté à une ère d’abondance. Ceci s’est fait en incitant de manière inconsciente chaque personne à contribuer à l’intérêt collectif : C’est donc ça que l’on nomme la main invisible du marché, et non pas un soit disant « laisser faire » du marché.Ce fonctionnement économique repose donc sur une notion de croissance économique infinie.

Il est donc totalement incompatible avec un développement RÉELLEMENT durable pour l’environnement.
Les conséquences désastreuses de ce développement avaient été anticipées par Dennis Meadows et son équipe du Massachusetts Institute of Technology dès les années 70.

A cette époque, l’humanité consommait 85 % des capacités de la biosphère, aujourd’hui nous en sommes à 150 % et ce rythme s’accélère.

Ce modèle n’est donc plus viable et nous devons changer
pour un modèle économique stable.

Des économistes comme John Stuart Mill, David Ricardo ou Adam Smith lui-même avaient déjà soulevé ce problème.

En plus de cela, la base du travail fourni par l’association « Le Grain » depuis plus de 3 ans,s’appuie sur le rapport « Reconsidérer la richesse » demandée en 2001 a Patrick Viveret (ancien conseiller à la cour des compte), par le secrétaire d’état à l’économie solidaire du gouvernement
Jospin, Guy Hascoët.

Que dit ce rapport ?

Pour aller à l’essentiel, notre système de comptabilité de la richesse (PIB) est totalement inadapté
car économiquement :

• Plus de catastrophes et de destructions = plus de PIB
• Les activités bénévoles font baisser le PIB

Reconsidérer la richesse : Pourquoi ?

Beaucoup de gens voient la monnaie comme un bien précieux à acquérir et à stocker, mais si chacun stocke la monnaie, vous produisez un blocage des échanges et toute l’économie s’arrête.
Il ne faut pas voir la monnaie comme un stock de valeur mais comme un flux car c’est la circulation
de la monnaie qui crée la richesse.

Pour preuve une seule pièce de 1€ permet :

• au particulier d’acheter son pain au boulanger,
• qui lui même achète 1€ de farine au meunier,
• qui lui-même achète 1€ de blé au paysan,
• qui lui même achète son pain au boulanger
… et produit 4€ d’échanges avec un seul 1€ en circulation

Et qu’est ce que ca change ?

En voyant la monnaie comme un flux, il faut que la monnaie circule localement pour pouvoir créer de la richesse sur ce territoire.

• Si elle part à l’autre bout de la planète, il y a moins de monnaie sur notre territoire, et les échanges locaux bloquent.

• Si elle reste bloquée sur les comptes bancaires, elle favorise la spéculation au détriment de l’économie réelle et les échanges locaux bloquent.

Quelle sont les causes ?

Avec l’€uro, tout le monde est incité

• à épargner via le jeu des intérêts bancaires (et la peur de l’avenir), obligeant ainsi les banques à trouver de nouveaux champs d’investissement et à financiariser l’économie ( actuellement 97 % de la monnaie est stockée dans la sphère financière, seule 3 % de la monnaie circule dans l’économie réelle)

• à acheter des produits provenant de pays à bas coûts (pas de sécu, retraite, etc...) car la même monnaie est acceptée partout et qu’il n’y a donc pas de taux de change.

La spirale est extrêmement vicieuse :

• je suis incité à consommer des produits importés « pour faire des affaires »,
• donc je perds mon emploi,
• donc je suis « encore plus », obligé de consommer des produits importés,
• jusqu’à ce qu’on ne puisse plus financer mon propre chômage...

La conséquence, c’est qu’il faudrait à terme faire l’impasse sur notre régime social pour devenir plus compétitif que les pays sans protection sociale et sans services publics. Mais durant ce temps, nous
perdons collectivement notre indépendance alimentaire dans un contexte de raréfaction des énergies fossiles : cette situation est donc totalement suicidaire.

L’alternative : l’Épi , la monnaie locale de la pointe de caux.

• Échanger ses €uros contre des Épis pour s’assurer que cette monnaie restera sur le territoire local. De plus, cette monnaie ne produit pas d’intérêts bancaires. Ceci favorise sa circulation et stoppe la spéculation financière.
• Utiliser une monnaie qui soit acceptée uniquement chez les professionnels qui respectent l’humain et la nature (pour les achats 1Épi=1€), et lui octroyer :
• un taux de change favorisant son utilisation. Les productions locales sont donc mises en avant, et ceci permet de créer des richesses supplémentaires sur le territoire (circuits courts donc emploi local, moins de pollution, sécurité alimentaire, préservation des acquis sociaux), (pour 100€ je reçois 105 Épis)
• Établir un taux de change dissuasif pour ceux qui font le choix de quitter ce réseau éthique et souhaitent consommer des produits importés. (pour 105 Épis, je reçois 100€ )

Une monnaie locale répond parfaitement aux problèmes actuels
, c’est à la fois un outil :

• éducatif qui permet à chacun de comprendre le fonctionnement de la monnaie moderne, sa création et ses dysfonctionnements,
• écologique et financier car une monnaie locale permet de favoriser les circuits-courts et l’économie réelle.• économique car elle rend plus attractives les productions issus de son réseau, et stimule donc l’emploi local.• démocratiques car il faut définir ensemble les règles communes de fonctionnement et de gestion de cette monnaie locale.Comme pour les tickets restaurants ou les chèques vacances, la monnaie locale est parfaitement sécurisée, le Sol Violette de Toulouse possède d’ailleurs un mode de protection par code à bullesencore plus sûr que l’€uro

(http://www.prooftag.net/fr)

Pour la comptabilité, la TVA ou les impôts, c’est extrêmement simple :Puisque 1 Épi=1€uro, vous faîtes vos déclarations comme s’il s’agissait d’€uro.Comment un professionnel peut-il utiliser l’Épi ?Pour dépenser les Épis reçus, différents moyens sont à la disposition des professionnels :–faire ses achats personnels auprès des autres professionnels du réseau acceptant l’Épi–idem pour les fournisseurs, ou en incitant ceux qui pourraient accepter l’Épi à le faire–payer des primes ou une partie du salaire des employés qui l’acceptent en Épis–faire des remises commerciales en distribuant des Épis à sa clientèle–et en dernier recours, reconvertir ses Épis en €uro. Pour cela, il doit s’acquitter de lacontribution de sortie : pour 105 Épis, le professionnel reçoit uniquement 100 €urosA ce stade il est utile de préciser que la mise en place de cette monnaie locale est progressive. L’objectif principal étant de la faire circuler, chaque professionnel reste libre de définir lui-même le taux maximum d’Épis qu’il accepte, par exemple pas plus de 10 %.Ainsi, pour un montant total de 100 €, le client pourra payer avec 10 Épis et 90€.Cette manière de faire incite naturellement chaque professionnel a augmenter son taux de monnaie locale acceptée pour attirer la clientèle, et contribuer ainsi à la croissance du réseau dans une dynamique vertueuse.Pour rejoindre l’association Le GRAIN ,
aller sur le sitehttp://www.le-grain.net

Pour en savoir plus sur la nature et le rôle de la Monnaie, voir la vidéo de Dennis Meadows , qui dénonce les travers de la mondialisation de l’économie et appelle à créer des « îlots économiques durables au milieu d’un océan de non durabilité à l’aide de monnaies locales » …

http://www.youtube.com/watch?v=tJRtdyPGAOw

ou lire les livres de Philippe Derudder, Bernard Lietaer (ancien directeur de la banque nationale de Belgique ) ou Gérard Foucher sur l’économie, la monnaie et les monnaiescomplémentaires… ( certains de ses livres sont dans notre bibliothèque ECO-CHOIX)

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