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Le bioéthanol : une fausse-bonne solution ?

mardi 1er décembre 2015

Bioéthanol : est-ce une solution valable ?

Historique : En 1992, lors du Sommet de Rio, la plupart des pays du monde ont pris conscience des problèmes posés par le changement climatique. Fin décembre 1997, 158 pays ont adopté par consensus le protocole de Kyoto faisant obligation, pour les pays industrialisés, de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Pour la France, l’objectif est de ramener en 2010 le niveau des émissions de GES à celui de 1990. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement a établi en 2003 le plan climat, dont la composante essentielle est le plan biocarburants, et qui prévoit qu’à l’horizon 2010, 5,5 % des carburants utilisés pour les transports routiers soient remplacés par des biocarburants. Dernièrement, cet objectif a été porté à 7 % par le gouvernement Villepin.

La production d’énergie par l’agriculture est-elle rentable ? La première question n’a fait l’objet à ce jour d’aucune étude sérieuse. Le plan gouvernemental, s’il s’applique, va, à l’horizon 2010, mobiliser un sixième des terres arables de France : des cultures énergétiques seront donc obligatoirement substituées aux cultures alimentaires sur des surfaces importantes, alors que les exportations européennes de produits agricoles ne représentent que 6 % de la production....

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Concernant l’intérêt énergétique des biocarburants, la question a semble-t-il été tranchée une fois pour toutes par l’étude ADEME-DIREN 2002 : « Bilans énergétiques et Gaz à effet de serre des filières de production de biocarburants ».
Lire la note de synthèse

Comme l’a montré l’analyse qu’en a faite l’association EDEN en 2006, les « performances » énergétiques des biocarburants calculées dans cette étude ont été très largement surestimées, grâce à des conventions de calcul inadaptées et souvent fallacieuses. Les filières éthanol ne restituent guère plus d’énergie que celle d’origine fossile qu’il a fallu mettre en œuvre pour produire l’éthanol. Même si l’on tient compte de l’économie d’énergie réalisée en utilisant les coproduits (pulpes de betterave et vinasses de distillation concentrées en drêches) en alimentation animale en remplacement du tourteau de soja importé, les résultats demeurent très décevants. La rentabilité des projets industriels n’est assurée que par la défiscalisation des biocarburants, une part très importante de la TIPP étant abandonnée par l’Etat aux fabricants.

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Lire le rapport de l’EDEN réalisé en 2006 par P. SADONE

Concernant l’usine TEREOS de Lillebonne, cette manne va représenter 67 millions d’euros par an, soit 140 % du prix d’achat producteur du blé utilisé. Pour le plan gouvernemental, à l’horizon 2010, la défiscalisation représente une perte de ressource pour l’État de plus de 1,6 milliard d’euros ! C’est ce qui fait dire au Conseil Général des Mines, du Génie Rural, des Eaux et Forêts et à l’Inspection Générale des Finances, dans leur rapport publié en novembre 2005 à la demande du gouvernement, que le plan biocarburants ne générera aucun emploi nouveau, les emplois maintenus coûtant, en défiscalisation, 80.000 euros par emploi et par an.

Les piètres performances de l’éthanol de blé font que le baril de pétrole économisé par la substitution de l’éthanol à l’essence, coûte à la collectivité nationale, par le seul fait de la défiscalisation, 233 euros, soit 280 dollars le baril !

Quant à l’économie d’émissions de gaz à effet de serre, elle est réelle, mais coûte, toujours par la défiscalisation, 10 fois plus que ce que l’on admet pour les filières d’utilisation de la biomasse à des fins thermiques (chaudières collectives à bois déchiqueté par exemple). Et encore, cette économie de GES n’est obtenue que si le coproduit (tourteau ou drêche) se substitue à du tourteau de soja importé. Or, on sait déjà que, vu les volumes de tourteau de colza qui seront produits par les filières EMMV, les drêches d’éthanol, moins riches en proteines, et plus chers à produire, ne trouveront pas preneur sur le marché de l’alimentation animale.

Seule l’huile végétale brute de colza ou de tournesol, produite à la ferme, présente de l’intérêt, à condition toutefois de bien valoriser le tourteau. Mais la seule couverture des besoins en carubrant des tracteurs et engins agricoles mobiliserait 8 à 10 % des terres arables, soit plus que ce qui est aujourd’hui consacré à ces deux cultures.

La science n’est pas neutre, dès lors que ses conclusions concernent nos choix économiques et politiques. Dans le domaine des biocarburants, la question qui pose est celle, fondamentale, de l’autonomie : non seulement de l’autonomie économique d’une région, d’un pays, d’un continent, mais aussi de la maîtrise d’êtres humains sur leurs circonstances matérielles, sur les technologies qu’ils utilisent tous les jours, et de leur capacité à agir ensemble pour construire des liens sociaux et économiques sur des bases de coopération et d’entraide, à échelle humaine, plutôt que de concurrence, de concentration du pouvoir et d’hyperconsommation.

Où en sommes-nous, quelques années plus tard ?

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Lire le rapport qu’Alba DEPARTE a réalisé en 2010, pour le bureau « environnement-agriculture » à la Direction Générale du Trésor du Ministère de
l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi sur la seconde génération de biocarburants

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