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Les abeilles

mardi 1er décembre 2015

Un drôle de rituel...

Ce n’est encore que le petit matin. Pourtant il fait déjà presque chaud. Heureusement que souffle une légère brise qui adoucit l’ambiance de ce coin de pâture Normande. 3 silhouettes tout de blanc vêtues s’avancent dans ce paysage champêtre. Elles sont cagoulées et seule une grille de tissu permet d’entr’apercevoir leur visage. Et bien qu’une 4ème personne soit présente et puisse passer pour une journaliste, ils ne vont pas manifester.
Non, leur démarche et leur accoutrement rappellerait plutôt une procession d’antan. D’ailleurs l’un d’entre eux ne tient-il pas une espèce d’encensoir d’où s’échappe une fumée blanche et paresseuse. Un autre tient une boite en bois relativement volumineuse. A coup sûr, nous tenons les 3 nouveaux rois mages.
Assistons-nous alors à la naissance d’une nouvelle secte en ce pré normand ? Les voilà justement qui s’approchent d’un étrange édifice, posé sur un socle d’agglos. Aurions-nous atteint le Saint des Saints de cette nouvelle religion ?

En tout cas, ils s’inclinent devant, à défaut de s’agenouiller et celui qui tient cet objet fumant et crachotant encense l’entrée de ce « tabernacle » avec respect et déférence. Les 2 autres, passent alors par derrière et ouvrent le sommet de l’édifice. Leurs gestes sont toujours empreints d’une grande mesure et d’un respect profond. Maintenant, le premier soulève une sorte de nappe qui semble « scratchée » sous le couvercle.
Pendant ce temps le deuxième semble pulvériser un liquide au fur et à mesure que la nappe est ôtée. Après l’encens, le parfum ???

Mais quel peut bien être ce rite et quel dieu est ainsi vénéré ? La quatrième personne se tient à distance et commence à prendre des photos. Elle n’a probablement pas les qualités requises pour pouvoir participer à cet office. Peut-être n’est-elle encore qu’une novice de cette secte bizarre.
Tout à coup, tout s’accélère. Le premier personnage qui enfumait le bas de l’édifice s’est relevé et encense maintenant par le dessus. Les deux autres ont accéléré leurs gestes et commencent à extraire de l’édifice de larges panneaux jaunes qui semblent épais et pesants. Ils portent ces panneaux à hauteur de leurs yeux et échangent des mimiques plutôt satisfaites. Aussitôt les panneaux sont rangés dans la boîte que l’un d’entre eux a apportée. De cette même boîte, ils extraient d’autres panneaux jaunes eux aussi mais qui semblent plus fin et plus légers. S’effectue ainsi un échange de panneaux à l’intérieur de l’édifice, les épais et lourds, contre des légers et fins.

Quand on y regarde de plus près, une nuée s’est extraite de l’édifice et les 3 silhouettes baignent dans cet environnement qui voltige autour d’eux. Est-ce l’émanation de la divinité qui s’invite au rite et autorise ainsi cette célébration ?
Du coup leurs gestes, s’ils gardent leur précision et leur délicatesse, sont de plus en plus rapides. Il se pourrait que la nuée manifeste ainsi son désaccord quant à cet office. C’est peut-être pourquoi la 4ème personne se tenait à distance. D’ailleurs elle vient même de s’éloigner en faisant de grands gestes autour d’elle. Alors les 3 silhouettes referment le tabernacle et charge la boite pleine dans un véhicule. La quatrième personne les rejoint et tous montent dans la voiture sans même prendre le temps de se libérer de leur accoutrement.

Le tabernacle refermé retombe dans sa torpeur, la nuée se disperse et tout semble rentrer dans l’ordre de ce petit matin tranquille. Quant à la voiture, elle file maintenant dans la campagne, pour rejoindre un antre secret et pouvoir terminer l’office commencé.
Arrivée à destination, les 4 personnes descendent la boîte de la voiture et l’emporte dans une sorte de grotte. On peut distinguer encore la présence diaphane de la nuée de tout à l’heure. La divinité semble avoir délégué quelques représentants pour surveiller que la fin du rite se déroule conformément à la liturgie.
Dans la grotte, l’officiant en chef s’est découvert. Il prend un des panneaux jaunes de la boîte et enlève la gangue qui s’est formé sur chaque surface du panneau. Dès le passage du couteau, un liquide d’or apparait. On dirait du soleil liquide. Serions-nous en présence d’une secte solaire ?
C’est à ce moment que le grand prêtre donne le signal et chaque membre vient prendre une goutte de ce liquide sur son index et dans un ensemble parfait porte leur doigt à leur bouche. Ce rite de la communion se termine par un murmure d’extase. C’est le « APIS GRATIAS ».

Car, bien entendu, vous aurez compris que je viens de vous décrire ma première récolte de miel.
En officiant en chef, vous aurez reconnu BOB qui est venu nous parler des abeilles il y a maintenant 2 ans lors d’un café-débat. C’est grâce à lui que je possède maintenant cette ruche. Pour les autres participants, il s’agissait de Marco, Mariette et moi. (Dominique). C’était ma première récolte de miel de la seule ruche que j’ai et qui a démarrée il y a maintenant 2 ans, suite au don de 2 essaims, l’un de Yann et l’autre de Séverine : 2 apiculteurs de Saint Romain.

Bien sûr, nous sommes très heureux d’obtenir ce résultat car les années précédentes ont été très décevantes. Tous autant que nous sommes, nous avons assisté à la mort de nos ruches (j’en ai perdu une) et avons été obligés de nourrir nos abeilles car elles ne récoltaient pas de miel. Cette embellie demande donc à être confirmée. (Nous espérons recueillir une prochaine miellée à la mi-août.) L’avenir reste pourtant bien sombre pour les ruches rustiques, alors que les ruchers semblent s’épanouir en ville. Nous disons que nos ruches disparaissent à cause des pesticides dispersés au dessus des cultures extensives. On nous répond que nos ruches disparaissent à cause du Varroa (acarien parasite des abeilles) ou à cause des ondes électromagnétiques.
Pourquoi y aurait-il plus de Varroa à la campagne qu’à la ville quand aux ondes électromagnétiques, il y en a certainement plus au Havre qu’à Gommerville. Non, la disparition de nos ruches est bien dû à l’épandage des produits chimiques que requiert l’agriculture moderne.
Je laisse à chacun le droit d’en penser ce qu’il veut. Mais je sais que je ne serai pas loin de pleurer le jour prochain où je verrai mourir mes abeilles et ma ruche.

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