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Les énergies avec les élus de la CCSRC

mercredi 2 décembre 2015

La conférence-débat organisée à Etainhus le 9 février 2009 pour les élus par notre association ECO-CHOIX sur le thème de l’énergie ( charbon, gaz, nucléaire et contre-propositions) avait pour but d’informer les élus de la CCSRC (Communauté de Commune de St Romain de Colbosc) et des environs sur les choix de la France en matière d’énergie et tout particulièrement sur les projets qui touchent notre région : centrales électriques à charbon, à gaz et tout récemment la décision de N Sarkozy d’implanter un second EPR à Penly. Plus de deux cents invitations avaient été envoyées aux élus. Cinquante personnes étaient présentes .

Intervenants :
- Michel COLETTA, président de l’AREHN et Sylvie BARBIER, tous deux membres d’Ecologie Pour Le Havre (http://eplh.free.fr)
- François-Marie MICHAUX, attaché à la région et chargé de la mise en place du plan climat et des agendas 21 avec les collectivités.

Centrales électriques à Charbon, au Gaz ou centrales nucléaires, pensent qu’elles empêchent le développement des économies d’énergie et des énergies renouvelables... Il faut que les collectivités ( et les particuliers aussi ) investissent dans l’isolation des bâtiments et la construction de maisons passives . Le tout électrique a justifié le nucléaire. Maintenant il faut sortir du nucléaire ! Voici donc le compte-rendu de cette rencontre très enrichissante avec les élus. Souhaitons qu’il y ait d’autres rencontres de ce genre sur d’autres thèmes qui touchent au "développement soutenable".

Michel Coletta, après avoir refait l’historique du projet d’implantation de deux centrales électriques à charbon dans l’estuaire de la Seine, a expliqué combien ce projet était nuisible pour la santé des populations et pour la planète . En effet, outre les polluants et les poussières nocives, le CO2 relargué par les centrales à charbon va à l’encontre des décisions prises par le Grenelle de l’environnement et les mesures européennes qui consistent à réduire de 20% nos gaz à effet de serre, réduire de 20 % notre consommation énergétique et d’accroître de 20 % les énergies renouvelables.
La Haute Normandie est déjà la région qui produit le plus de CO2 par habitant de par la présence des raffineries et des centrales à charbon. A l’heure actuelle, aucune technique ne permettant de capturer le CO2 n’est au point. C’est d’ailleurs la raison évoquée par le PDG de POWEO, pour justifier l’abandon de son projet de centrale à charbon.
POWEO projette à la place une centrale à gaz (voir l’exposé de Sylvie Barbier ci-dessous qui précise pourquoi ce n’est pas une meilleure solution !) . L’autre projet de centrale à charbon, celui de la Sté Endesa, resterait .
Nous avons aussi appris par voie de presse très récemment que Nicolas Sarkozy a décidé l’implantation d’un réacteur nucléaire EPR à Penly. Notre région possède déjà 7 réacteurs nucléaires (à Paluel et de Penly) !
Là encore, c’est un très mauvais choix que persiste à faire la France puisque ces centrales nucléaires sont un risque potentiel de catastrophe en cas d’accident ou d’attentat et constituent aussi une menace à cause des rejets et des déchets qu’elles produisent dont on ne sait que faire et que l’on laisse à nos descendants pour des millions d’années. Elles mettent en danger les populations et sont implantées autoritairement sans qu’aucun débat démocratique n’ait lieu. Les lignes à Très Haute Tension ( THT) sont également une nuisance quand elles ne sont pas enterrées car elles défigurent le paysage, présentent des risques en cas de tempête, rendent inexploitables des terres agricoles et sont nocives sur les organismes vivants (champs électromagnétiques) .
De plus, ces centrales, à cause du recours massif au chauffage électrique en France, ne peuvent fournir l’excédent demandé en cas de grand froid. Il faut alors faire appel aux autres centrales (à charbon ou à gaz) pour assurer les pics de consommation électrique. C’est alors que la France achète au prix fort de l’électricité aux pays voisins…
Enfin c’est une erreur de croire que le nucléaire ne produit pas de CO2 et nous donne une indépendance énergétique …(cela est développé sur le site du réseau Sortir du Nucléaire dont fait partie ECO-CHOIX http://www.ninucleaire-nieffetdeserre.org)

Les effets d’annonce pourraient faire penser que la France est à la pointe pour vendre à l’étranger sa technologie nucléaire… En fait elle n’a vendu qu’un seul EPR (à la Finlande) et ce chantier a pris du retard et généré un surcoût considérable qui sera payé par les français !!! L’EPR qui se construit à Flamanville a lui aussi du plomb dans l’aile pour des problèmes de béton de mauvaise qualité… On peut de nouveau se poser quelques questions sur la sécurité des centrales nucléaires. Et en périodes de canicules ou d’inondations plusieurs centrales ont donné des sueurs froides à plus d’un ingénieur du nucléaire, frôlant la catastrophe… Pourtant le réchauffement climatique nous promet encore plus de canicules et d’inondations…

Sylvie Barbier prend alors la parole pour dénoncer l’imposture des centrales à gaz qui nous sont présentées comme des solutions d’avenir et « plus propres » . Si l’on s’en tient aux émissions de CO2, il est exact qu’elles en libèrent moins que les centrales à charbon, mais on ne parle pas du méthane (composant principal du gaz naturel) qui est un gaz à effet de serre bien plus nocif pour le climat que le CO2. Puis, elle montre, cartes à l’appui, qu’en matière d’approvisionnement en Gaz Naturel, le réseau européen est déjà très dense, que les projets de nouveaux ports méthaniers (Tel qu’à St Jouin-Bruneval) excèdent largement les besoins nationaux et européens. Pour importer du GNL (gaz naturel liquéfié) il faut d’abord en amont le liquéfier et les usines chargées de cette tâches sont très coûteuses. Nombre de projets de liquéfaction sont retardés ou suspendus, ce qui pèsera sur l’approvisionnement des terminaux méthaniers.…
Si une telle débauche de projets de centrales à gaz existe en ce moment, c’est que leur construction et leur exploitation sont bien moins coûteuses que celles des autres types de centrale électrique. Cela promet des profits très rapides… Pourtant l’utilisation de gaz pour produire de l’ électricité est une erreur car les rendements sont médiocres.. Il faut garder le gaz pour le chauffage et non pas la fabrication d’électricité.
Remarque au passage : si de nouveau, on transforme cette électricité en chaleur (convecteurs ou pompes à chaleur, c’est une erreur encore plus grande puisque là encore il y a des pertes considérables de rendement, sans parler des pertes sur les lignes électrique… ).
Même si les ressources en GAZ sont encore relativement importantes, (de même pour le charbon ) il faut ménager l’exploitation des énergies fossiles car actuellement le rythme d’accroissement de la consommation dépasse le rythme des découvertes… Par ailleurs le déclin des plus gros gisements s’accélère. Où est la sécurité énergétique là encore, d’autant plus que nombre de gisements ou de zones d’acheminement du gaz - maritimes ou terrestres - se trouvent dans des zones géographiques où les conflits menacent chaque jour ? Poursuivre les projections actuelles de consommation, c’est aboutir à un déficit d’approvisionnement que de nouvelles énergies ne seraient pas à même de compenser...
Seule vraie solution : une transition énergétique à engager au plus vite, sans attendre que les ressources déclinent et que le monde connaisse de "graves tensions économiques et militaires"..
En novembre 2007, l’Agence Internationale de l’Energie (OCDE) déclarait : « La hausse de la demande mondiale d’énergie constitue une menace réelle et de plus en plus grave pour la sécurité énergétique de la planète. Une croissance débridée de la consommation de combustibles fossiles accélèrera le changement climatique. Une action collective s’impose pour relever les défis planétaires dans le domaine de l’énergie »
Mais alors, lance un élu, présent dans la salle : Vous n’êtes ni pour le charbon, ni pour le nucléaire, ni pour le gaz… Comment allons-nous nous chauffer, nous déplacer et faire tourner nos usines ?
Michel Coletta répond : La solution aux problèmes d’énergie ne passe pas par la création de nouvelles centrales mais par les économies d’énergie, l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables. Ces trois filières sont d’ailleurs source de milliers d’emplois dans le bâtiment, les transports, la recherche…La meilleure énergie, c’est celle que l’on ne consomme pas ! Les élus locaux de Dieppe et des environs ( tous partis confondus, sauf les Verts) ont tort d’affirmer que la construction de ce réacteur est "une bonne nouvelle pour l’emploi". La réalité est en fait exactement inverse : des études montrent que, pour un investissement égal, les économies d’énergie et les énergies renouvelables créent jusqu’à 15 fois plus d’emplois que le nucléaire .

Puis François-Marie Michaux détaille les mesures que la région prend pour stimuler les économies d’énergie ainsi que les aides qu’elle apporte aux collectivités pour réaliser des études et des chantiers de rénovation des bâtiments communaux et aux particuliers . Les Espaces Info-Energie (EIE) et les agences locales de l’énergie (ALE) sont là pour conseiller et aider les mairies, les communauté de communes, les pays à mettre en place ces mesures d’économie d’énergie dans le bâtiment , les transports et autres domaines.

Alain Cantais cite ensuite l’étude très sérieuse faite par une association du Nord Pas de Calais ( Virage Energie) www.virage-energie-npdc.org qui montre que l’on peut agir dès maintenant pour diviser par 4 nos émissions de Gaz à Effet de Serre en sortant progressivement du nucléaire, sans construire de nouvelles centrales ( * )
- en valorisant les énergies du Soleil : éolien, solaire thermique et photovoltaïque, biomasse…
- en s’engageant vers un système électrique décentralisé
- en déployant les réseaux de chaleur
- en freinant l’étalement urbain
- en développant les voies ferrées et fluviales
- en formant les acteurs de ces nouvelles technologies et du bâtiment pour aller vers des constructions passives ( qui ne consomment aucune énergie sauf celle du soleil)
- en créant des emplois pérennes, non délocalisables
Toutes ces mesures ne visent pas à revenir en arrière, à ne plus se chauffer ni s’éclairer mais au contraire à créer des villes et des villages où il fera mieux vivre. Certaines villes nous montrent déjà l’exemple (surtout à l’étranger : Allemagne, Angleterre et même en Chine !!! )
Saurons-nous être assez inventifs et courageux pour changer de cap vers des économies d’énergie et vers des énergies durables ? ??
C’est en exhortant les municipalités à agir en ce sens que le président d’ECO-CHOIX, Alain Cantais concluait la soirée. Il précise que les élus peuvent compter sur la collaboration des associations et qu’ils peuvent aussi contacter François-Marie Michaux au Conseil régional pour plus de renseignements pour monter des projets de rénovation ou de construction.

( * ) Une autre étude a été également citée « Un courant alternatif pour le grand ouest ».
Ces deux études sont disponibles en ligne sur http://boutique.sortirdunucleaire.org

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