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Histoire de semences

mardi 8 mars 2016

Jean-Claude MALO, paysan retraité depuis 5 ans à Bréauté, est un des fondateurs, il y a 30 ans de la Confédération Paysanne.

Quand ses parents étaient agriculteurs, les semences étaient renouvelées à la ferme, la sélection en vue d’améliorer les rendements ou la résistance des plantes se faisait petit à petit, c’était tout un travail, le triage était fait à la main, à petite échelle. On parlait de semences fermières, et de triage à façon.

En 1957, avec la création de la Communauté Economique Européenne, est mise en place la PAC (politique agricole commune). L’Europe, pour arriver à une autosuffisance alimentaire, adopte des textes pour révolutionner l’agriculture. Elle a été mécanisée, automatisée, industrialisée. Les agriculteurs ont dû cesser de produire leurs propres semences, et commencer à utiliser engrais et pesticides… Les pratiques millénaires sont remises en cause.

Progressivement, les petits semenciers ont été rachetés essentiellement par des producteurs de produits chimiques et de pesticides, au niveau national mais aussi mondial. Il reste maintenant 5 grosses entreprises qui détiennent la production des semences, de façon standardisée, industrialisée, et la recherche est très privatisée.

Depuis 1980, la brevetabilité du vivant prend de l’ampleur : les semences deviennent la propriété de quelques uns et ne peuvent plus être échangées ou vendues par les exploitants eux-mêmes. Le triage à façon ne peut plus se faire que pour un usage personnel.
— > Les plantes doivent être inscrites au « catalogue » (registre des plantes sélectionnées, détenu par le ministère de l’agriculture), pour pouvoir être commercialisées, ce qui coûte très cher et n’est donc permis qu’aux plus riches semenciers.
— > Le grand danger est donc de perdre de nombreuses variétés anciennes. Il y a confiscation du vivant, monopolisation des semences.

De plus, la plupart des semences commercialisées sont des variétés hybrides (les fameuses F1), qui deviennent de ce fait stériles et ne peuvent pas être renouvelées. Elles nécessitent des traitements adaptés, vendus par le même fournisseur ! Les rendements augmentent, mais les prix de revient aussi, car les traitements coûtent très cher !

Puis les OGM sont apparus, un autre niveau était atteint, il s’agit de modifier les semences et non plus seulement de les sélectionner. Depuis de nombreuses années, des mouvements de résistance se sont mis en place, avec la Confédération Paysanne en tête et beaucoup d’autres dont l’Association « les Défis Ruraux de Haute Normandie » et le Groupement Rural des Agriculteurs Biologiques de Haute Normandie (GRABHN) . Les échanges de semences entre paysans doivent pouvoir se faire en toute liberté, mais les lobbies des grands semenciers voudraient totalement les interdire et interdire le triage à façon.

La Confédération Paysanne milite aussi pour que la recherche sur les semences soit publique et non privée, qu’elle soit maîtrisée par la société. Des dangers ont été mis en évidence, il apparaît des résistances aux produits chimiques, les plantes pourraient devenir indestructibles. Et il y a un gros risque économique, les semences étant détenues par quelques sociétés, la dépendance alimentaire du fait de la standardisation devient mondiale…(Un scandale énorme a déjà éclaté en Inde, où du coton OGM a été imposé, se révélant inadapté, il a engendré la faillite de nombreux agriculteurs, et un grand nombre de suicides… )

Perte d’autonomie, choix réduit, obligation de suivre un parcours de production prédéterminé (semences, engrais, pesticides), sont très dangereux. Si le TAFTA (Trans Atlantic Free Trade Agreement), traité de libre échange entre la communauté européenne et les États unis, est signé et appliqué, il va aggraver ce problème en permettant aux grands industriels semenciers d’imposer leurs choix, par rapport aux Etats. Par ailleurs, le Parlement européen doit légiférer sur la question des semences et la Confédération Paysanne espère une reconnaissance du droit à échanger et vendre les semences entre agriculteurs. Mais les lobbies « veillent au grain »...

Il y a une prise de conscience de la dangerosité des pesticides, mais la quantité de pesticides utilisés ne diminue pas… L’agriculture est à recréer, à reconstruire, favoriser les semences fermières, favoriser les cultures biologiques. Le GRABHN, les Défis Ruraux, la Confédération Paysanne travaillent à des actions, des informations. Ils s’agit d’un combat citoyen, les consommateurs en sont les acteurs, ils choisissent de modifier leurs modes de consommation (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne, Terre de Liens, La Ruche qui dit oui, etc.), ils regardent de plus en plus les étiquettes . Chaque acte posé par le consommateur ou l’agriculteur compte.

C’est pour nous tous le même combat à mener, alors mobilisons-nous !

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