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Où nous mène la croissance ?

Evidemment dans le mur ... Et si l’on envisageait une décroissance ?

lundi 4 février 2008

Le 14 décembre 2007, Stéphane MADELEINE, ancien candidat du parti de la décroissance, est venu donner son avis sur la question de la croissance/décroissance.

Croissance économique ou décroissance.?

Tous les participants semblaient admettre le constat de notre économie qui entraîne un gaspillage des ressources de la planète : énergies, eau, matières premières, nourriture…
D’où la nécessité de revoir le fonctionnement de notre société dont le modèle capitaliste est la dominante. Faut-il aller vers une « décroissance » ou une « croissance » ? Et dans ce cas, essayons de définir ce mot où chacun y entend des notions différentes.
-  Certains pensent, comme Yves COCHET dont on entendit un reportage, que la décroissance est une nécessité de faire décroître les mouvements de consommation de matière et d’énergie sous peine de condamner les générations à venir. Dans cette catégorie, entrent ceux qui pensent que l’on peut très bien continuer de créer des profits en respectant les modes de production, en s’engageant dans des modes de production « durable ». C’est l’exemple des entreprises qui tirent profit des déchets, qui créent des filières de produits durables en utilisant des énergies renouvelables, tout en créant de l’emploi . Donc ceux-là préconisent de produire autrement.

-  D’autres acceptent ce mode de production mais vont plus loin en remettant en question les valeurs qui animent nos sociétés capitalistes en préconisant des attitudes citoyennes en matière de consommation. C’est l’exemple de ceux qui mettent un point d’honneur à se passer du superflu , qui ne mangent que très peu de viande, qui se déplacent au maximum à pied ou à vélo… Ceux-là préconisent donc de consommer autrement .

-  D’autres enfin regrettent que les valeurs mutualistes et syndicales de solidarité des années d’après guerre disparaissent peu à peu et que l’individualisme envahisse et pourrisse toutes nos sociétés. La concurrence, dans le monde de l’entreprise mais aussi à l’école, conduit à cet individualisme. On peut ranger dans cette catégorie, ceux qui dénoncent la publicité qui pousse à la surconsommation et qui crée des besoins souvent inutiles. Le mouvement des « casseurs de pub » va de pair avec celui des décroissants .

Ce débat montre en tout cas que chacun des participants est décidé à s’engager personnellement dans un mouvement de « décroissance », chacun selon sa conception de la décroissance, selon ses valeurs, ses envies, ses possibilités. On note que la décroissance ne concerne pas seulement la protection de notre environnement mais bien tous les aspects de la consommation, tous les aspects de la vie .
Certains expliquent ce dérapage de la consommation en évoquant la manière dont nous sommes sortis de la période de « manque » (pendant la dernière guerre ) à la période du « tout posséder ». Les personnes qui ont subi la guerre ne voulaient pas que leurs enfants connaissent le rationnement, la faim, le manque de tout … Aussi ils se sont sacrifiés pour leur donner le maximum de biens matériels en oubliant parfois de leur donner le sens de la mesure et le sens du partage ( qui est très fort pendant la guerre !) . Aujourd’hui, les personnes qui n’ont pas vécu pendant la guerre ne sont pas habituées à se priver un peu, sauf ceux qui ont tout perdu ( boulot, maison, santé …) amis pour ceux-là la chute est terrible… On le voit aujourd’hui de plus en plus au travers des sans logis, des sans travail et même des « sans salaire suffisant » pour vivre décemment…
Aujourd’hui, on pourrait nourrir tous les hommes et pourtant chaque jour il en meurt des milliers par la faim, la soif, le froid, la maladie et les guerres. Cela n’empêche pas nos sociétés de continuer de se développer. Ils continuent de jouer la partie en ignorant ceux qui restent sur la touche.

L’idée qui voudrait que les pays émergeants accèdent tous au mode de vie des sociétés « dites développées » est totalement irréaliste car si tous les terriens consommaient comme les Européens (et encore plus comme les américains) il faudrait plusieurs terres pour satisfaire aux besoins de chacun. Est-ce qu’il est honnête de faire miroiter notre société en déclin à ceux qui doivent avant tout assurer leur survie ? Sans pousser ces pays vers une production insensée qui laisse énormément de personnes sur la touche, il faudrait plutôt les aider à trouver un autre mode de production respectueuse de l’homme et de son environnement dans le simple but de lui fournir sa subsistance et un minimum de confort. Cette règle du jeu doit intégrer les ressources et les connaissances, les pratiques locales. Mais on ne peut demander à ces pays d’appliquer une règle du jeu que nous même nous ne suivons pas…

La croissance économique est souvent définie par le PIB (Produit Intérieur Brut) , or, cet indice ne reflète absolument pas toutes les facettes d’une croissance équilibrée. Il ne prend pas en compte les aspects qualitatifs de la vie des citoyens : leur santé, leur bonheur… Au contraire plus les citoyens vont mal, plus ils consomment de psychotropes et de neuroleptiques et plus le PIB augmente ; plus ils produisent de déchets qui sont retraités plus le PIB augmente mais inversement la qualité de vie diminue. Il vaudrait mieux un autre indice qui s’appellerait le « Bonheur Intérieur Brut » ( BIB )*
Est-ce que la décroissance est triste ? Oui si l’on considère que nous avons du mal à modifier des comportements, à nous libérer des conditionnements acquis par l’éducation, la publicité, la pensée ambiante du « toujours plus » , la priorité du « plus avoir » sur le « mieux être ». Mais la décroissance peut aussi être une formidable chance de repenser nos modes de production face au mur vers lequel nous fonçons tête baissée. Pour cela il faudrait relever la tête avant de s’y cogner car cela risque de faire très mal …

*L’idée de préférer la notion de bonheur à celle de PIB n’est pas nouvelle.
Dès 1972, le roi du Bouthan Jigme Singye Wangchuck a inventé le bonheur national brut (BNB) pour remplacer le PNB dans son royaume. Aujourd’hui encore, le Bhoutan utilise quatre critères principaux pour définir son BNB :
• la croissance et le développement économique
• la conservation et la promotion de la culture bhoutanaise
• la sauvegarde de l’environnement et le développement durable
• la bonne gouvernance responsable.

Or, cet indice imaginé pour évaluer une économie basée sur les valeurs spirituelles du bouddhisme intéresse aujourd’hui les économistes du monde entier.