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Pêche ou sur-pêche...

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lundi 9 février 2009

Comment rendre compatibles la préservation des ressources de la mer, la demande croissante des consommateurs et le métier de marin-pêcheur ?

Alexis MAHEUT : Président du Comité Régional des pêches maritimes de Haute Normandie

Alexis Maheut représente les 640 marins pêcheurs du Port du Havre et porte les revendications de toute notre région auprès des instances de Bruxelles depuis cinq ans. Son expérience auprès des marins-pêcheurs, professionnels de la mer, mais aussi des institutionnels (IFREMER, Sous-préfecture, parlement européen) font qu’il connaît bien la complexité de ce débat : ce que les uns revendiquent comme un droit établi devient un problème insoluble dès lors qu’on cherche à le règlementer.

En matière de pêche, je ne peux que tenter de vous résumer ce que j’en ai retenu, étant moi même ce soir-là grande ignorante de bien des aspects :

Production et consommation en France
780 kt (poisson et coquillages) sont produites en France
dont 40 kt en Haute Normandie
la consommation (élevage et sauvage) est en légère hausse à 2845 kt

La France est le premier consommateur mondial de coquillage.
La coquille Saint-Jacques fait vivre 2000 marins sur nos côtes régionales, entre Octobre et Mai.

La flottille du Havre est passée en dix ans de 88 bateaux à 28 !
Trois d’entre eux sont des navires industriels : capacité de congélation de 200t par jour : le poisson est péché en Manche, puis débarqué en Hollande, ou quelques fois à Boulogne ou à Concarneau, où des conserveries existent (encore)...

Apercevoir (seulement) la complexité du système

- Tous les ans, chaque pêcherie se voit attribuer un quota pour chaque espèce de poisson : taille, tonnage, mais également pour certaines espèces sensibles (comme la coquille) : nombre de jours (voire même, d’heures) de pêche. Ces directives comportent également un pourcentage d’erreur : on ne doit pas ramener dans le chalut trop de poisson appartenant à une espèce non ciblée sous peine d’amende en cas de contrôle.

- Les directives portent aussi sur la taille du bateau, sa puissance, les filets, casiers ou lignes (dits engins dormants) ou autres chaluts (dits engins trainants) et sur l’équipage.

- Chaque bateau est en moyenne contrôlé trois fois par mois, et les amendes infligées pour dépassement du tonnage atteignent 2500€ puis 5000€ en cas de récidive. En effet, les inspecteurs zélés, ne veulent pas être pointés du doigt par les instances de Bruxelles ni traités de laxistes.

- Le capitaine, confronté aux questions de météo, de zone et de saison de pêche, de marée, mais aussi du cours du poisson, du prix du pétrole, du nombre de jours de pêches autorisés et du choix de l’équipage et de l’équipement, doit s’informer au mieux auprès de ses collègues marins-pêcheurs avant de prendre le large pour une campagne.

Le plus souvent, quand on entend parler de ces métiers, c’est dans la douleur, ou dans la colère :
Tout d’abord, il s’agit bien là d’un métier aventureux et dangereux !Aussi , impuissants devant les décisions politiques, les marins-pêcheurs se sentent floués par les quotas qu’on leur impose, le prix trop élevé du baril, ou, tout simplement, les résultats d’une étude qui démontre que le poisson devient de plus en plus rare, et aussi que sa qualité se détériore : les analyses, (lorsqu’elles sont effectuées...) prouvent que coquillages, mollusques, crustacés et poissons sont de plus en plus pollués, voire même souvent impropres à la consommation.

Des voix s’élèvent alors qui contestent le bien fondé des normes (taux de métaux lourds ou de PCB) ou des méthodes d’analyse. Les professionnels de la pêche s’insurgent en effet en apprenant que pour la coquille Saint-Jacques, l’analyse biochimique se fait sur la totalité du mollusque (noix, corail, barbe, et corps noir - en fait, le foie, qui est chargé de toxines et de métaux lourds) alors qu’on ne mange pas certaines parties (notamment les plus polluées). Ils ont également du mal à admettre que des scientifiques leur dictent des règles établies d’après eux, sur des résultats de pêche bien loin de la vérité, et ce pour plusieurs raisons :
- les scientifiques de l’Institut Français de Recherche en Mer (IFREMER) ne sont pas souvent présents sur les zones de pêche, et procèdent différemment : ce qui conduit à un comptage insuffisant de poissons, d’après les marins-pêcheurs...

- les dispositifs de recueil de données que les capitaines sont chargés de remplir après chaque campagne ne sont pas toujours enregistrés faute de moyens humains affectés à cette tâche : cette situation a conduit par exemple à classer la zone du Havre comme une zone sans activité de pêche !

- les politiques européennes et nationales ont du mal à s’accorder, et les professionnels ne leur font pas confiance, craignant d’être lésés, ou incompris.

- la présence sur les zones de pêche de bateaux étrangers (j’entends par là, venant d’autres continents) aggrave le sentiment de non-droit, car ils ne sont pas soumis aux mêmes quotas, et pourtant ils prélèvent les mêmes ressources en péril.

- la confusion faite au niveau du consommateur entre les espèces locales et
saisonnière, et celles, tout aussi abondantes et souvent moins chères, issues de pêches éloignées, aux méthodes industrielles, et comme c’est dit plus haut, ne respectant pas les règles de préservation des espèces.

En conclusion, très brièvement
M. Maheut nous a remis un calendrier des poissons les plus courants (enfin, nageants ;-) ...) dans nos eaux et a rappelé que la vigilance s’impose au consommateur, de choisir en priorité des espèces pêchées localement, ayant atteint une taille adulte et de privilégier le circuit court (mareyeur, criée, poissonnerie locale)

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